Chez Rudi et Paula

On est arrivés en retard chez Rudi et Paula ; la carte départementale n’indiquait pas le chemin jusqu’à chez eux, même Google Maps semblait les avoir ignorés, juste retour des choses. Il faisait beau mais le vent était frais. La terre avait eu le temps d’absorber la pluie durant la nuit et le sol était sec. Rudi devait ramasser manuellement le thym qui n’avait pu être cueilli la veille. C’est Paula qui nous a fait visiter. Avec ses enfants.

J’avais goûté une délicieuse tisane au nom enchanteur quelques semaines auparavant. Ma curiosité m’avait poussée à faire des recherches sur ses producteurs. Rudi et Paula.
Rudi et Paula avaient fait le choix, il y a vingt ans de quitter leur pays et de s’installer ici pour y vivre en harmonie avec la nature, le cycle des saisons, de façon indépendante.
Comme les gens qui travaillent la terre, me direz-vous.
Mais les paysans, les agriculteurs, les soumis aux caprices de la météo ne font pas le choix radical de ne pas avoir de voiture, d’électricité, de téléphone, d’eau courante. Quand certains cherchent les subventions, Rudi et Paula ont trouvé l’autonomie, complète, et la simplicité.
On peut s’imaginer des allumés, des intégristes, des marginaux ! Or, Rudi, Paula et leurs enfants ont une vie sociale très remplie, une démarche réfléchie, extrême certes, un discours cohérent sans aucun prosélytisme. Ils n’ont pas un système de valeurs fondé sur l’argent, la réussite, les apparences. Ils sont pauvres car il possèdent peu, se contentent de peu ; ils ne sont pas miséreux.
Ils sont heureux ainsi.
Rudi et Paula vivent de la vente de leurs herbes aromatiques, auprès de trois/quatre magasins bio ; c’est un produit léger à transporter.
Ils ont eu récemment ce que nous appellerions « une belle opportunité » avec une nouvelle enseigne mais ils ont de suite décliné la proposition, ils arrivent à liquider tout leur stock et ne trouvent aucun intérêt à un développement.

Paula et Rudi ont encore quelques chèvres, qui ne servent plus qu’à tondre leurs prairies. Paula nous explique qu’avant elle filait la laine, la teignait avec des matières végétales, la tricotait. Elle a arrêté, l’investissement en temps était vraiment trop important par rapport au prix qu’elle pouvait raisonnablement en demander. Elle nous montre comment elle faisait et, impressionnés par l’ampleur de la tâche, nous essayons à tour de rôle de filer (ou essayons de le faire, genre moi). A coté de l’outil ancestral repose un panier dans lequel trônent quelques bonnets-vestiges, tricotés par les mains de Paula. Je reconnais immédiatement ce type de coloris, cette forme, ces points, ces mailles.

Paula, ces bonnets, ils n’étaient pas vendus chez Bioterre par hasard ?

Si, si. Tu les connais ???

Je fus émue, presque fière aussi.

Le soir, j’ai ressorti mon vieux bonnet, que je m’étais choisi pour Noël huit ans auparavant, le Grognard venait de naître. Il était beige, vert, gris clair et corail. Il était « fait main », indiquait l’étiquette, avec au-dessous, dix-neuf euros. Mais celle-ci ne précisait pas les multiples gestes effectués lentement, dans un silence religieux, de la teinte au tricot pour que mon crâne soit préservé de la neige cette année-là et les suivantes. J’ai ressorti le bonnet de Paula.  Le bonnet de Paula. Le beau bonnet de Paula. Et, dans l’appartement citadin, mon couvre-chef sur la tête, j’ai laissé filer mes pensées, à défaut de la laine, sur le sens de ma vie et ma joie liée à cette rencontre d’exception, partagée avec ma famille au complet et quelques amis.

Avoir un bébé après 40 ans

 

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Il y a quelques mois j’ai eu un choc. Figure-toi qu’à mon âge, GI Jane aura une mère de 84 ans. 84 ans. Ca m’a autant fait bloquer que lorsque mon amie Cindy-Jenifer, qui habite à la cité voisine, m’a dit que dans 25 ans elle aurait 70 ans. Elle allait devenir vieille du jour au lendemain…
C’est là où intervient la vendeuse-psychologue de chez JouéClub à qui, entre deux râleries parce que Kiki s’est transformé en Monchichi, je faisais part de ma réflexion en me lamentant (car les vendeuses sont faites pour écouter les plaintes des clients).
« Mais enfin, les femmes de 84 ans d’hier ce ne sont pas les mêmes que celles de 84 ans d’aujourd’hui qui ne sont pas non plus les mêmes que celles de 84 ans de demain ! »
J’étais ravie et je lui ai filé cent balles pour la consultation. Je suis repartie sans jouet.
Tout ça pour dire que ce n’est pas anodin d’avoir un gosse à l’automne de tes ovaires.
Mais honnêtement, la difficulté réside chez moi surtout dans le fait d’avoir une quatrième sur le tard et des enfants de toutes les tranches d’âge. J’ai déjà 18 ans dans les pattes de maternité et parfois je suis fatiguée. Je suis tellement conditionnée à pisser avec quelqu’un, qu’aux WC publics je continue de laisser la porte ouverte. A l’inverse des mères des amies de Mle Commandante quasi à la retraite, moi je rempile à bloc (avec les différentes problématiques de tous les aînés à gérer 24 heures sur 24).
Certains jours, je suis tellement naze au saut du lit que je me demande pourquoi c’est Bowie qui est mort et pas moi. Si j’étais de mauvaise foi, je te dirais que « eh, ma brave dame, on n’a plus 20 ans ! ». Or, ce n’est pas tant physiquement que j’accuse mes 40 printemps que le principe de réalité selon lequel si j’avais passé une nuit pourrie à 20 ans, je n’avais qu’à prendre soin de moi et seulement moi. Et ça change beaucoup la donne. Du coup, en journée, après mes Juvamine, afin de me stimuler, j’écoute plutôt AC-DC que le nouveau Keren Ann offert par mon Légionnaire.

Dans un grand délire, sans lien, j’ai coupé mes cheveux courts. Je rêvais de la mèche glamour de Laetitia Casta. Ca a pas mal fonctionné. Dix minutes. Le lendemain, j’avais la gueule d’un Stray Cats. Genre tu vas chez le dentiste et tu te réveilles avec le sourire des Pogues ou tu ressors de chez l’esthéticienne avec la barbe de ZZ Top.
Et bien cela n’empêche pas les gens de me demander « Mais comment vous faites ? ». Ah ben, moi c’est naturel, j’ai la banane sans Vivelle Dop !
« Nan mais comment vous avez fait pour avoir récupéré comme ça ? » (ou en moins délicat, Belle-maman « Ben dis-donc j’aurais jamais cru que tu reprendrais un jour ta taille de jeune-fille !!! » après le « Excuse-moi mais comme t’es pas toute jeune, ton lait n’est peut-être plus très bon ? ». J’en ai d’autres si vous voulez…).
Eh oui, j’en arrive au point crucial de ce billet : il est possible de reprendre forme humaine après quatre enfants dont une grossesse à 40 ans passés. Vois, je rentre dans un 38/40 (38, quand le futal est taillé pour un cheval). Seulement, ça demande du boulot (et j’ai, à la base, un assez bon métabolisme) (et du bol, ok). Après le Petit Poilu, je n’avais absolument pas fait d’exercice physique et je peux te dire qu’il n’y avait pas photo avec maintenant. A partir de 40 ans et du 4ème, on peut cesser de croire aux miracles… Je te mentirais si je te disais que ça ne me fait pas plaisir d’avoir une jolie ligne. Ce que les autres ne savent pas c’est que mon hygiène de vie n’est pas en priorité à visée esthétique et que si j’enlève mon sous-tif, ce sera la grande semaine du blanc avec 50% sur les gants de toilette (mais je m’en fous, contrairement à la cellulite dans les cuisses). Je suis plus dans l’optique que si je me casse une jambe, je vais aller me faire plâtrer et que je ne vais pas lâcher la rééducation ensuite parce que je n’ai pas le temps.
D’une part, je tiens à rester en forme pour mes derniers, pour plus tard (la fameuse prise de conscience). D’autre part, j’ai moyennement le choix.
J’ai fait durant 4 mois des abdos quotidiennement parce qu’ils étaient bousillés (4ème césarienne quand tu nous tiens !) et que le port de bébé 5 heures minimum par jour (encore actuellement) demande des reins costauds. Je marche tous les jours avec mon paquetage de 10 kilos entre 45 minutes et une heure parce que j’ai mal aux cannes sinon. Je me suis mise au yoga une fois par semaine pour éviter de sortir un bazooka et de tirer dans le tas. Je vis au 4ème sans ascenseur (je ne te dis pas l’éclate des courses pour 6) parce que j’aime avoir une belle vue (et le cul de Beyonce).
Parfaitement je suis une sorte de régime alimentaire. Pas un régime amaigrissant. Mais moins de graisse animale, pas d’excitants, moins de produits raffinés, pas trop de lait de vache… Et plein de bananes, de chocolat et de noix (j’appelle ça humblement la LMJ diet) ! Tout bonnement car je suis malade si je ne fais pas attention. Jamais je n’aurai l’impudeur de raconter sur ce blog que, si je me lâche trop, je pète comme un buveur de bière ou chie des kilos ou pue du bec  mais tu vois l’idée.

Alors, il faut conclure (j’ai pas envie ; tu vas voir ça va être du grand n’importe quoi) ? Ben c’est comme tout, il n’y a pas vraiment de règle. Ca dépend, il me semble, avant tout de la situation. Exemples. Si cadre sup, tu as ton 1er à 40 (et que tu es en bonnes condition physique, sociale et familiale etc.), tu récupèreras sans doute mieux globalement qu’une maman solo caissière de 20 ans dans son HLM de banlieue (je n’ai absolument rien contre les mamans solos caissières dans leur HLM de banlieue, je reconnais juste qu’elles partent peut-être avec moins de facilités). Mais si tu attends ton 6ème à 40, il y a des chances qu’une de 20 ans tout pareil si ce n’est la différence d’âge, avec donc 6 chiards également, montre en comparaison qu’elle a le dynamisme de Shakira et toi, celui de Renée, placée aux Mille soleils.
Pour autant, gardons en mémoire ce célèbre adage : c’est dans les vieux utérus qu’on fait les meilleurs foetus.

 

DIY, j’ai récidivé !

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Le Petit Poilu veut fêter ses cinq printemps. Avec ses copains (militaires ou droïdes. Mais surtout militaires).

Comme il y a des chouettes filles, que dis-je, des génies généreuses qui ont déjà organisé un truc super à base de Dark Vador , tu penses, je ne me suis pas fait chier, j’ai copié ! Et tout le monde  a trouvé que c’était un thème hyper original.
Bon, je ne suis pas allée jusqu’à acheter du papier peint pour faire une nappe étoilée et j’ai l’impression que si je n’avais pas délégué l’affaire « caisse à bonbecs » à mon Légio, on aurait cru que j’avais réalisé une Pinata Colada.
Mais je pompe toutes les idées et déco : le chamboule-tout, les liens vers le Maître du temple de la consommation virtuel, les invitations… Pour me la péter.

Tu aimes ?

Génial ! C’est ta création ?

Je réponds « Non… », gênée, façon collégienne qui s’est fait(e?) gauler en train de lorgner sur la feuille de sa voisine, et mon estime de soi est au point mort.
Du coup, il m’a fallu du matos discrétos (pour cause de thème surprise). C’est ainsi que les mioches se sont étonnés d’avoir droit, au dessert, à cinq boites chacun d’ananas en conserve. Le chamboule-tout, que voulez-vous…
J’avais le papier crépon, le papier épais, le papier Q (rien à voir).
Mais il me manquait des baguettes, enfin des bâtonnets de glace, quoi ! Mle Commandante qui était dans la confidence et maîtrise le langage Djeuns aussi bien que moi demanda donc un soir : « Est-ce qu’il y a des ceglas ? ».
« C’est quoi des ceglas ? », questionna le Petit Poilu.
« Ben, l’inverse de cegla, ça fait quoi ? », répondit la Fräulein.
« Un Magnum ! », affirma le PP.
Ah, on en a des tranches de rire (et d’ananas dégueulasse) !

C’est mercredi prochain et je suis un peu charrette. Contente de moi ? « Peut mieux faire… » comme aurait noté mon prof de maths sur mon bulletin de troisième C.
Le problème, dans le tutos, c’est qu’ il manque l’essentiel : de la colle qui colle, des cutters qui coupent. Et des doigts de fée.
Mais c’est l’intention qui compte, n’est-ce pas ? Enfin, c’est ce qu’on dit, poil au Jedi.

 

La PDS du PP

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Je t’ai dit : Le Petit Poilu, il est patraque. Bon, la première demi-journée, j’étais plutôt contente. Comme il était complètement apathique, il faisait moins de conneries avec son frangin. Comme il avait perdu l’appétit, il ne demandait pas toutes les deux minutes à bouffer. Comme il avait notamment mal à la gorge, il trouvait Dark Vador vachement moins cool.

A partir de 12h02 surgit l’inquiétude (Perte flippante de vingt grammes au niveau du nombril. Attaque de bactéries sanguinaires ? cancer de l’oesophage ?) et l’angoisse (bordel, ça signifiait qu’ON devait le garder dès le lundi à la maison ! En l’occurrence dans la famille Joie, ON c’est MOI.).

Pourtant tout allait parfaitement bien quelques jours avant à l’inspection générale à la PMI (histoire de rattraper la visite médicale de l’école pour laquelle je m’étais trompée de jour. Suffit pas d’avoir un Google Agenda, encore faut-il bien voir les cases dessus au moment de noter les rencards). On a essayé de me faire culpabiliser rassurer « Ah ben non, c’était hier la visite, hein. Enfin… ça peut arriver à tout le monde d’oublier ! ». SAUF QUE MOI J’AVAIS PAS OUBLIE !!! JE M’ETAIS JUSTE PLANTEE DE CASE SUR MON AGENDA ELECTRONIQUE.

Comme la vilaine mucoviscidose ne passait pas d’elle-même, ON (toujours MOI) retourna donc chez un docteur. Qui prescrivit des analyses. Par voie intraveineuse.
« Je lui prescris aussi un patch comme ça maman ne tournera pas de l’oeil ?
– Mais que vous êtes drôle, Doc ! »
Pour une fois qu’il y a un truc qui ne me fait pas peur… Non, je ne crains pas les aiguilles.

Nous (le PP et moi) voici donc avec le patch entre les mains, que j’applique ensuite sur le minuscule pli du coude de mon Choupinet. Ca va, il a l’air trop stone pour réagir motivé. J’explique à mon fils pendant une heure qu’il ne va rien sentir grâce au patch.

L’infirmière à domicile, chinoise, sur le point d’accoucher, débarque. En lui arrachant violemment le patch, elle déclare : « Je ne vais pas te mentir, ça va faire un peu mal. »
MAIS T’ES TAREE OU QUOI ? Ca ne va pas faire mal et même si oui, il FAUT lui mentir.

Le Petit Poilu mate l’asiatique en chien de fusil en lui souhaitant d’être privée de petits pois dans son riz cantonnais pendant trois mois (Le PP a Fifi Candeloro comme père spirituel). Il ne veut plus du tout se faire piquer. Comme on lui dit de ne pas regarder, ben il regarde. Ahuri devant l’engin piqueur. Il hurle, se débat.

Alors, on essaie toutes les méthodes pour remporter son adhésion en tentant de lui faire comprendre le caractère obligatoire d’une prise de sang (cours n°1 de biologie en fac de médecine). Jusque-là tout va bien question pédagogie. Puis ça commence à merder parce que l’heure tourne, que l’infirmière a faim ou veut pondre et que ça fait vingt minutes déjà qu’on parlemente. Alors on joue au bon et au méchant flic (un coup on parle doucement, un coup on élève la voix), on menace que s’il ne se fait pas piquouzer maintenant, il faudra aller cet après-m’ au laboratoire, avec une aiguille plus grosse, sans patch, sans papa et maman et qu’on la lui fera de force, la saignée. Négatif, le PP campe sur ses positions, le regard de plus en plus haineux (« même après la naissance de ton chiard, tu n’auras pas le droit à du saké »).

Résultat à 13h00 : l’infirmière en hypoglycémie et qui a perdu les eaux se casse avec sa seringue neuve, suivie de près par Le Légio (qui bosse). Je me retrouve seule à nouveau avec le malade et il refuse net d’aller au laboratoire ce soir. Etonnant… C’est dur d’être con.
A 16h00, la Fräulein qui a assisté à la scène du midi m’envoie un texto SMS « Dis au PP que s’il le fait, je lui offre un cadeau ». Ah non, pas le chantage maintenant ! Ok, on a été minables mais on ne va pas encore s’enfoncer. Je refuse.

19h00 : Pas de PDS… Mais j’ai un nouveau patch pour le lendemain…

Et le lendemain arrive. Niet niet et niet. Le PP campe sur ses positions. Il préfère mourir du SIDA (bien sûr, il me l’a dit) que d’avoir une aiguille dans le bras. Il est 16h00, temps de mettre le patch flamboyant et rien à faire. Ni « Je vais te faire une potion ». « Cza exiszte pas les potzions !!! ». Ni « Maîtresse a dit qu’il faut chanter pendant la piqûre ». « Ze veux PAS chanter et ze veux PAS de piqûre ». Je pose ma dernière carte, celle de Mle Commandante : « Si tu le fais, je t’offre un petit cadeau » (genre dix euros)

… (comme tu le dis)

Ca a bien râlé. Ensuite ça a bien crié au labo. Pour finir, ça nous a coûté le triple du budget bricole prévu en Légo Star Wars. Mais nous y sommes parvenus.

Moralité : Il n’y en a pas. Mais dans le doute, avec tes gosses, préfère la carotte au bâton.

PS : Et pour ceux qui soucient de la santé du PP, il va mieux. Il devrait remettre le wilde chez maîtresse la semaine prochaine à défaut de vouloir chanter.

Edit : J’oubliais, la prochaine mission c’est d’arriver à lui faire enlever le pansement résistant aux bains qu’il porte depuis 4 jours…

 

 

 

Bonus Track

LMJ lit un les histoires minute de Bernard Friot au Petit Poilu qui est tout patraque. Si j’ai le temps un jour, je vous raconterai comment faire faire une prise de sang à votre gamin de cinq ans. Bon, oubliez, vous ne saurez jamais…

 » Ils sont dans la même classe, à Evry, près de Paris. Lui, c’est Olaf, et elle, Kidi.
Olaf regarde Kidi quand elle ne le voit pas.
Kidi pense à Olaf, même la nuit, parfois. »

LMJ : Toi aussi, tu penses la nuit à Simone (la pute sa charmante camarade blonde de moyenne section qui essaie de lui ravir son coeur) ?

Le Petit Poilu : Non, je rêve de toi. Toi t’es la reine et moi je suis le chevalier.

 

 

 

 

Le complexe d’Oedipe du Petit Poilu

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Ca y est ! Depuis le temps que j’attendais, j’ai au moins un de mes fils qui est amoureux de moi. (oui parce que l’aîné des deux kiffait sa frangine, ce bouffon)

Il me dit sans cesse qu’il m’aime. Alors je lui demande innocemment (parfaitement, INNOCEMMENT !!!) : « Et tu préfères qui ? Moi ou Simone ? » (Simone est sa camarade de classe, pas du tout innocente, elle, ndlr).
« Toi, maman ! », répond-t-il, ingénu. Le petit ange.
Je reçois un mail de Françoise D. pour me dire que mon éducation est anti-pédagogique. Françoise, t’es bien gentille, mais sache que je t’emmerde.

Il m’apostrophe dans son lit, après son bisou du soir : « Oh merci maman d’être venue me donner un baiser ! ». N’est-ce pas que cet enfant est délicieux et que je mérite d’être aimé par lui. A s’en rendre malade. Car le Petit Poilu déclare souvent « J’aimerais avoir la gastro comme çza je resterais à la maison avec ma petite maman chérie. ».
Euh là non mon petit crapaud, je préfère que tu ailles à l’école, hein !

Et puis il me choisit comme reine pour la fève, à chaque fois, de façon évidente. Ce qui me récompense de lui avoir filé la part dans laquelle je savais qu’elle était, coincée entre de la frangipane aussi grasse que « les pommes graszes » de mon Légionnaire, comme nomme le PP les compotées de l’homme (compter 250 grammes de beurre pour 2 pommes).

Et maman par ci, et maman par là, bouche en cul de poule et yeux en coeur…

Tandis que le Grognard, lui, quand je lui rappelle la règle de base « Un jour tu l’appelles maman et elle le reste toute sa vie », vous savez ce qu’il me rétorque ?
« Ben quoi ?! On ne va pas l’appeler Tartiflette !!! »

Aussi, excuse-moi, Françoise, mais je profite de la seule fois qu’il me sera donné de vivre avec mes enfants un beau complexe d’Oedipe, bien comme il faut. Fuck.

Bonus :
« Maman, je serai toujours ton petit Choupinet ? »

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Ils se demandent pourquoi mettre des enfants au monde quand il y a trop de monde, quand le monde est le monde.
Parce que seul l’enfant au monde pourra rendre le monde beau.
Parce que seule cette enfant au monde peut rendre mon monde si beau.

C’est lui, l’enfant, élevé maintenant, notre espoir pour demain.
En se grisant de son sourire, en pleurant ses chagrins.
Il nous fait meilleur, il nous fait humain.

Il y a dans toute création une oeuvre d’art ignorée des autres quand elle n’est pas d’eux-mêmes.
Le monde à venir, c’est aussi l’enfant autiste, l’enfant plus différent que les autres, l’enfant exceptionnel.
Celui-ci, celle-là et toi-même, mon enfant, banale pour eux, pour moi exceptionnelle.
Comme tous les jours, je te remercie d’être venue et te dis « Je t’aime ».

(Et bon anniversaire, vieille fripouille !❤
Je veux bien être cucul toute ma vie si tu ne grandis pas trop vite.)

PS1 : En fait t’auras une mousse au chocolat comme gâteau d’anniversaire. C’est ton père qu’il faut remercier.

PS2 : T’auras du popcorn aussi. Tu feras une bise à tes frères (une bise j’ai dit, pas les mordre)

PS3 : Pour compenser le popcorn bio fait maison, ce n’est pas impossible que ta soeur te fasse goûter à son Nutella. T’en fais pas bichette, avec tout ce que tu ramasses par terre, t’es immunisée.

Je suis radicalisée.

Mise en garde : Ce billet s’adresse à un public averti. Averti de quoi ? Je ne sais pas. Mais averti quand même.

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Un matin moche, Kevin, l’étudiant du dessous, celui à qui j’ai dit à la mère qu’il passait plus de temps à rire avec ses copains qu’à bosser ses cours de DUT et fut privé le dimanche suivant de deuxième portion de frites au Mac Do, téléphona à la police.

– Allô, bonjour, ce serait pour faire une dénonciation… ah non, merde, c’est pas ça… comment ça s’appelle déjà ? Ah oui, un sisisignalement. Ce serait pour faire un sisi un sisi un signalement.

– Parlez sans crainte, nous vous écoutons.

– Ben voilà, ma voisine s’est radicalisée.

– Vous en êtes sûr ? Quels signes avez-vous repérés ?

– J’ai tout d’abord remarqué qu’elle s’était mise à porter un serre-tête et des mocassins à glands.

– Ah oui, en effet…

– Puis je l’ai vue traîner dans les rayons « spiritualité » de la librairie, écouter « Jésus  reviens » cinq fois par jour et passer sur le parvis de la cathédrale régulièrement. Elle a même changé son prénom LMJ sur sa boîte aux lettres par Marie-Rose !

– Hmm, c’est grave, très grave.

Quinze minutes plus tard j’entendis une douzaine de pas lourds dans l’escalier de l’immeuble. Je compris de suite. Avant même qu’ils ne défoncent la porte, je l’ai ouverte en beuglant « Les patins bordel, mettez les patins bordel de merde, soyez polis pour une fois ! ».

Ils mirent l’appartement sens dessus dessous avant de procéder à un interrogatoire corsé.

– Regardez chef, j’ai trouvé un missel.

– Tu peux nous dire, LMJ ou plutôt devrais-je dire Marie-Rose, pourquoi t’as un missel ?

– C’était à ma grand-mère… C’est un souvenir.

– C’est ça, à ta grand-mère ! Et moi, je suis ton oncle ?! Dis plutôt que tu cherchais à prier, oui !

– J’ai ça aussi si vous voulez. (et je sortis d’une cachette la sainte-vierge en plastique remplie d’eau bénite que j’avais ramenée de Lourdes à ma fille et qu’il n’avait pas trouvée dans son foutoir).

– Putain les gars, de l’eau bénite ! Il paraît que ça brûle comme de l’acide cette saloperie !

Aussitôt six carabines furent braquées sur moi.

– Au premier geste on tire, Marie-Rose, je te préviens ! Pose ton eau bénite tout doucement sur la table !!! Voilà, c’est bien. T’as un crucifix aussi ?

– Euh ouais…

– C’est pour de l’exorcisme ?

– Ca existe encore, ça ?

– Te fous pas de ma gueule, LMJ. Voilà pour la tienne !

Et il me colla une baffe bien sentie.

– Maintenant on va passer aux choses sérieuses. Je vais te poser un tas de questions cons pour savoir si t’as la haine de notre société et tu vas répondre correctement, hein.

– Je peux utiliser un joker ?

– Eh Chantal, j’ai le dentier de Patrick Sabatier p’t-être ?!! Bon, on commence. Que penses-tu des émissions de Cyril Hanouna ?

– Ben, si on touche pas à son poste, on touche le fond, non ?

– Antisémite, j’en étais sûre ! Notez les gars, notez !

– Je vous jure que non !

– Tu jures en plus !!! Mauvaise chrétienne… Et Zahia, que penses-tu de Zahia ?

– Belle croupe. Légèrement poupouff peut-être ?

– Et en plus raciste !!! Notez les gars, notez !

– T’as déjà songé à faire un attentat à un mariage pour tous ?

– ???

– T’as de la cire de cierge dans les oreilles ou quoi ? Je répète : t’as déjà songé à faire un attentat à un mariage pour tous ?

– ???

– Ne nie pas, on a trouvé une image de Benoit XVI dans ton ordi !!! Et t’es allée lire le journal La Croix deux fois en six mois !!!

– C’est vrai, il y a eu des articles excellents sur l’écologie.

– T’en as quelque chose à battre, toi, de l’écologie ?

– Ben oui, c’est une priorité…

– Sache qu’on s’en fout nous de l’écologie en vrai alors ça ne m’impressionne pas du tout. Nous ce qu’on veut savoir c’est si tu utilises de la crème anti-rides pour rester jeune et si tu comptes refaire faire un jour ton gros tarin.

– Je l’aime bien moi, mon nez…

– T’es pas complexée parce que t’es pas comme les autres ?

– Ben non…

– Tu ne fais pas de régime non plus et tu ne suis pas la mode, c’est ça ?!

– Ben non, je m’en fous.

– Rebelle aux valeurs occidentales, notez les gars, notez !

– Et la cause des femmes, ça t’intéresse ?

– Celle défendue dans les magazines féministes pour être à la mode et payer moins cher pour sa rhinoplastie ?

– Fais gaffe hein, j’aime pas trop tes sarcasmes, Marie-Rose ! Alors, réponds ! Et pas d’entourloupes !

– Ben ouais, je trouve ça dégueulasse qu’elles soient nettement moins rémunérées que les mecs à compétences égales mais ça, ça concerne surtout les bons salaires parce que le SMIC, c’est le même pour tous, non ? Vous voyez, moi ce qui me perturbe le plus, ce sont les différences de salaires entre les gens, tous sexes confondus, en France. Qu’est-ce qui justifie ça ?

– C’est moi qui pose les questions ici !!!

Et il s’est énervé et a sorti d’un trait.

– Ton compte est bon, LMJ aka Marie-Rose : port du serre-tête et de mocassins à glands, ponte régulière de gosses, déjà quatre au compteur, pas baptisés pour tromper l’ennemi, dissimulation d’eau bénite, possession de missel, de bible et de petit Jésus sur la croix. Tu vas être assignée à résidence pour un bon bout de temps, ma vieille, puis camp de déradicalisation !

– Je pourrai quand même aller chercher mes mômes à l’école ?

– Ouais, mais faudra que tu pointes au commissariat de Pecord-land douze fois par jour.

– Mais c’est à cinquante kilomètres de chez moi ? Ce n’est pas possible de pointer ici ?

– Le but, c’est de te dégoûter d’être radicalisée, ma vieille. Pour la peine, tu seras même abonnée d’office à Elle et Marie-Claire. Et on t’obligera à avoir une télé et un compte Facebook pour te faire plein d’amis qui pensent comme il faut. Parce qu’en plus de ça, t’as pas la télé et de compte Facebook, hein !!! Allez Marie-Rose, t’apprendras à réfléchir un peu sur la notion de laïcité et du vivre ensemble ! A bon entendeur, salut ! Et pense à mettre une guêpière bon sang !

Depuis ce jour, Kevin ne me regarde plus dans les yeux quand je le croise dans l’immeuble. Puis étant donné que sa mère ne m’adresse plus non plus la parole, je ne pourrai jamais lui raconter que j’ai vu son fiston sécher les cours.

Le jeudi, j’ai yoga

actu_11754_Bandeau(Des fois, ça te gratte le cul… Mais faut tenir bon)

 

Le jeudi j’ai yoga.

Quand je me rends à mon  yoga, je me mets en condition. C’est comme quand tu vas au magasin bio : tu dis bonjour comme tu dirais au revoir et tu fais la gueule. Concentration ça s’appelle. Faut dire à la Biocoop, c’est dur de choisir entre le tofu mariné et le tofu soyeux en te réjouissant.

On voit tout de suite que je suis la plus jeune (de loin) du groupe. Rien à voir avec le fait que je n’ai ni cheveux blancs ni entre soixante-dix-neuf et quatre-vingt-deux ans d’âge. Je suis la seule à avoir un tapis de yoga (à deux euros, celui qui fait de l’électricité statique chez Décat’ rien qu’en le regardant) avec des empreintes dentaires humaines et des bouts arrachés  en formes d’incisives de lait.

Du coup, les postures dans mon cours de yoga demandent un peu de temps à être explicitées vu qu’elles comportent chacune pas mal de variantes :
– pour celles qui ont des problèmes de ménisque
– pour celles qui ont une prothèse de hanche
– pour celles qui ont de la tension
– pour celles qui ont un décollement de rétine
– pour celles qui ont une descente d’organes
– etc.
– pour celles qui ont un problème d’épaule (ah, c’est le mien, ça ; faut que j’écoute !)

Mais j’apprends quand même à faire le dragon en feu, la chaise à trapéziste, le canard plaqué et le tigre rayé rouge et jaune à petits pois, des postures où tu ne bouges pas (et surtout tu ne ris pas. Non, ne ris pas quand tout le monde fait « Hooooom ». Sinon tu seras blacklistée et ta réputation te suivra dans toutes les maisons de retraite).  D’ailleurs c’est fou à quel point en étant statique on peut crever de chaud. Quand tu penses qu’il y en a qui ont le chauffage au bureau en hiver alors qu’ils suffirait qu’elles travaillent debout, jambes écartées, prêtes à bondir sur leur boss…

Ce qu’on ne te dit pas avant une séance de yoga, c’est que tu peux choper des courbatures lors des étirements. Oui, tu peux avoir des courbatures, mais à mort hein, en restant vingt secondes dans une position qui te fait maaaaal et où tu sues, mais à mort hein. Vingt secondes de posture, une semaine de courbatures. Et pourtant t’as respiré dans les endroits là où ça faisait maaaal. Et que finalement, ça fonctionne et qu’on devrait supprimer la péridurale en demandant aux femmes de respirer par la teucha.

Heureusement pour terminer tu fais toujours une petite relaxation, lovée dans la couverture avec des nounours dessus d’un de tes gosses, pendant laquelle, une fois que tu es rodée, tu essaies de ne pas accrocher tes pensées au fait que tu vas douiller dans les jours qui viennent (et que t’as six lessives à étendre, entre autres), suivie parfois d’un mudra. Avec le mudra, tu prends ton pied avec tes mains. C’est pas de la branlette, attention. Tu prends ton pied mentalement sur ton tapis plein de morsures qui te fait le brushing de Bonnie Tyler en 1982 quand tu te relèves, rien qu’en croisant tes doigts comme si t’avais une nouvelle forme de polio.

Et tu sais quoi ? Ben j’adore ! Pour de vrai.

Catéchèse 2016

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Le Petit Poilu : Papa, Halloween et Pâques, c’est pareil !

Mon Légionnaire : ???

Le Petit Poilu : Papa, pas vrai qu’Halloween et Pâques c’est pareil ?! On mange des bonbons.

Mon Légionnaire :

Le Grognard : Ah non, c’est pas pareil !

*Un espoir ?*

Le Grognard : A Pâques y a que des chocos !!!

 

 

De 2015 à 2016

Tout d’abord mes meilleurs voeux à tous pour cette nouvelle année. Sincèrement.

En ce qui me concerne je suis un peu devenue étrangère à ce monde depuis le 14 novembre où mon légionnaire, un casque sur la tête et des rangers aux pieds,  crut bon de m’extirper de mon sommeil à 6 heures du mat’ en me beuglant dans les zoreilles :

Réveille-toi, Sergent, il y a eu des fusillades partout dans Paris hier soir, il y a plus de 100 morts !!!

Comment vous dire, avec décence, que j’aurais aimé pioncer une heure de plus ?

Depuis, j’ai une certaine obsession pour le Djihad, le futur bébé de Samy Amimour, la peine de prison pour meurtre de Jawad l’hébergeur vs la peine de prison de Jacqueline Sauvage. Je vais chercher le pain avec un gilet pare-balles et un masque de fer dans ma ville de 20000 habitants en Provincie. Et comme je m’attends à une descente des RG vu mes recherches internet et mon port de masque intégral, j’ai affiché à la porte de mon appart’ un petit écriteau avec inscrit dessus « SVP, mettez vos patins avant d’entrer » : c’est que le parquet est déjà assez niqué comme ça avec les gosses. Mais ce qui me fait le plus flipper c’est un potentiel attentat au Crazy Horse ou au Moulin Rouge. J’imagine déjà les réactions sur Twitter… Si le hashtag #tousenterrasse accompagné d’un selfie promotionnel pour la Pelforth Brune passait encore, je n’en dirais pas autant de celui #tousuneplumedanslcul…

Ca m’a donné également un regain de foi qui était déjà bien amorcé. 2015, en dehors de quelques soucis personnels, m’a apporté foi, décroissance, indignation à la Pierre Rabhi et expérience de la vente sur Le Bon Coin (cherchez l’intrus).

Pour la foi, mon Légionnaire dit que je fais une crise mystique, tout ça parce que je me renseigne sur les retraites familiales en février dans un couvent pas chauffé du Larzac. Même pas vrai ! Je n’ai pas accepté que ma mère me refourgue des chapelets de ma grand-mère (je ne lui avais même pas avoué mes 273 visites d’abbaye en 48 heures dont une dont je tairai le nom par peur de représailles avec jets de gousses d’ail et de crucifix et qui m’a prouvé qu’il y a des tarés dans toutes les religions. Autant dire que j’aurais préféré filer les 20 euros d’entrée au Secours Populaire de mon bled qui a besoin de sous pour des travaux et est un peu mon Karl Lagerfeld à moi) (alors que moi je vais très bien, amen. Savez-vous s’il y a de l’eau bénite dans les parages, j’aimerais me laver les mains ?).

Pour Le Bon Coin (puisque c’est ça qui vous intéresse à l’aube des soldes), je dirais que je ne sais pas ce qu’il m’a pris. Après avoir expliqué aux mômes que fallait bouffer ce qu’il y avait à table car c’était pas le luxe ici ; ce à quoi le Petit Poilu répondit très sérieusement « Luxe Skywalker ??? », je décidai de revendre quelques biens trop grands / trop petits / trotro pour offrir des cadeaux le 25 décembre, le Père Noël n’existant vraiment plus depuis novembre (en dehors des boums boums dans la capitale, ça a été un mois noir puisque je me suis pris un gros coup de massue sur la tronche avec un de mes enfants. Non ce n’était pas l’épée Star Wars du PP). Jusque-là, rien de bien méchant… Sauf… que j’ai commencé par des robes et fini par des strings (si. Oui bon ben ça va, je n’en suis pas fière non plus…). Mettez de la lingerie en vente avec votre numéro de téléphone et vous saurez. Mise à part ça, je ne comprendrai jamais que les gens perdent du temps à vous demander si votre objet en ligne est toujours disponible car ils sont intéressés et qu’en répondant – immédiatement – par l’affirmative, ils disparaissent…

Mais ne me plaignez pas financièrement, n’étant objectivement pas à plaindre et parce qu’honnêtement j’apprécie énormément la modération actuelle dans ma vie qui me pousse vers l’essentiel et plus d’écologie, de recyclage. Ma vie, faite de joies simples, de pratique du yoga, d’amour et d’allaitement (putain, j’imite bien Gisele Bündchen. Et encore, vous ne me voyez pas faire des abdos !). Et donc d’emmerdes comme tout un chacun. Ma vie pourtant totalement métamorphosée depuis 11 mois par un petit être qui avait envie d’être là, parmi nous parce que le monde peut bien m’être étranger, il tourne. Et Michel Delpech est mort. Mais j’avais pris soin de lui écrire un mot d’encouragement il y a quelques mois.

PS1 : Désolée de ne pas avoir répondu à vos derniers commentaires… merci en tout cas.

PS2 : Je ne suis pas présente car soit je n’ai rien à dire, soit je ne sais pas comment le dire et surtout je garde tout mon temps libre pour le projet d’écriture qui me tient à coeur (excepté pour écrire à Michel Delpech. CQFD)

4 enfants

Quand je dis que j’ai quatre gosses, on me répond généralement « Moi je n’aurais pas la patience ! ». C’est un fait, la patience est une grosse qualité pour la mère de famille nombreuse. Cela dit à moins d’avoir des prédispositions pour les brûlures de cigarettes sur autrui, je crois que beaucoup de personnes ne savent pas qu’elles pourraient gérer une marmaille parce qu’en fait on apprend à être parent en ayant des enfants (affirmation logique mais méconnue).

Je ne vais pas faire le coup que des enfants, ça s’élève rien qu’avec de l’amour (et du champomy). Quand on a un mioche avec du poil au menton (non Mle Commandante n’est pas une future femme à barbe), on consulte son PEL trois fois par jour avec anxiété. Quant à l’amour qui se multiplie, c’est juste. Or, pardon, le temps, ne se multiplie pas lui, il se divise. Un peu comme les croutons de pain auxquels tu ne pourras plus jamais goûter. En revanche, t’as le droit de finir les yaourts coing/pruneau Yopli-Yopla.

En élevant quatre enfants, tu sais que tu es prête pour un stage en gériatrie. Le torchage intensif de culs ne t’effraie plus, le nettoyage de pisse encore moins (vive les garçons) et tu te dis que les tâches ménagères d’une ASH, c’est le boulot de Paris Hilton (Kim Karda si t’es balèze du côté pile) à côté de toi.

C’est pour ça, j’ai de nouvelles lunettes. Une paire rouge, une paire rose fluo. C’est osé mais quand les jours sont tout gris et tout pourris, à défaut d’être toute nue et toute bronzée, ça donne la patate. Et puis, comme ça, j’ai l’impression d’être une artiste dans mon genre. Une artiste de foyer.

 

A mes filles

Rendez-la-moi. Quand elle était minuscule et malingre, que les balourds badauds la traitaient de crevette, quand un duvet noir disgracieux recouvrait son front et ses yeux étaient fermés sur le monde, si elle les ouvrait c’était pour ne regarder que moi, même son visage devant la glace la désintéressait.

Rendez-la-moi. Quand les gens ne savaient que dire devant ce bébé fille, tout au plus qu’elle était rigolote. Alors que moi, moi j’étais chavirée. Elle n’était pas rigolote. Mais attendrissante, bouleversante ; mienne.

Rendez-la-moi. Quand elle n’était qu’un bourgeon hésitant, pas tout à fait formée. Avant qu’elle ne s’ouvre au printemps comme une rose dont elle prit le teint, la délicate senteur et la beauté fulgurante.

Rendez-la-moi. Quand ses sourcils n’étaient pas encore peints à la main sur sa peau de porcelaine, que ses iris n’étaient pas encore iris, que son sourire attendaient les beaux jours. Et qu’il n’y avait besoin d’aucun effort pour se comprendre.

Rendez-la-moi. Avant qu’un matin, au petit matin, ses cheveux longs et épais frottent ses épaules affirmées et ses sandales chaussent un trente-sept qui court de l’avant, que sa jupe enserre sublimement sa taille de guêpe et ses hanches de jeune fille, que son coeur ne soit plus à la maison, que la vie et sa vie lui appartiennent. Avant qu’elle ait dix-sept ans.

J’ai découvert

  • un cheveu blanc sur le sommet du crâne et trois sur la tempe gauche (mon côté Sardou).
  • que je ne voyais plus sans lunettes mais avec lunettes non plus…
  • René Aubry (sublime)

http://www.youtube.com/watch?v=RPBzosFHwM8

  • qu’il fallait s’attarder sur les DIY de Minireyve (cette meuf est géniale)
  • que les gens changent physiquement ou mentalement et que c’est toujours déstabilisant, même quand c’est bien pour eux.
  • qu’il y a une logique parentale bien plus qu’une logique mathématique à avoir deux puis trois gosses avant d’en avoir quatre. L’exercice !
  • que ça étonne les autres de ne pas vouloir retravailler de suite avec une quatrième alors qu’ils ne s’en étonnaient pas du tout pour le deuxième… Comme si on me prenait pour un cas social : la meuf qui pond des mômes pour ne rien foutre.
  • que Malaussène est le plus beau nom de famille au monde.
  • que l’élégance me parle désormais. J’essaie de tendre davantage vers elle
  • que je ne suis pas fière de certaines pensées, que je peux être un peu chipie. Et ça, ce n’est pas très élégant…
  • que la vie a 1000 visages comme mon cul a 1000 capitons. (élégance je disais)
  • à m’entraîner pour parler comme Arletty. (élégance je disais donc)
  • qu’on peut lire toute l’individualité d’une personne dans sa démarche.
  • qu’on en apprend beaucoup sur les enseignants lors du spectacle de fin d’année.
  • que les toutes premières chaleurs et la forte luminosité de l’été me rendent hystériques, le temps que mon corps s’y habitue.
  • Qu’hier, on m’a demandé « Ca va, tu arrives à trouver un peu de temps pour toi ? ». C’était la plus géniale question que l’on m’ait posée depuis belle lurette. Ca venait d’un homme.
  • que je n’ai justement jamais assez de temps pour moi.
  • que je ne crains plus la solitude, la vraie, comme avant.
  • que je n’ai pas peur du temps libre.
  • que je n’ai aucune ambition professionnelle mais pléthore de projets artistiques auxquels je vais rêver pendant des années.
  • que le Petit Poilu (4 ans pour mémoire) embrasse toutes ses copines sur la bouche à la récré parce qu’elles le lui ont demandé.
  • que je suis ravie à la perspective que Mle Commandante puisse avoir un petit copain.
  • qu’avoir 2 filles à 17 ans d’écart, c’est cool. Vraiment cool.
  • que j’aime les solos de piano.
  • que quand t’as un bébé gastéropode identifié fille, on t’offre beaucoup de fringues en cadeaux de naissance.
  • que j’ai une famille de ronchons.
  • que je les aimerais autant s’ils l’étaient moins (ronchons).
  • que la rentrée scolaire de 2014, c’était il y a à peine une semaine.
  • que les miens et moi-même avons une chance inouïe de ne pas avoir de soucis de santé (hormis des verrues récurrentes et glamour chez les mecs).
  • que tu ne vends pas dans l’heure sur le bon coin…

Fête des pères 2015 : la date

A l’instant

Moi :
Chéri, tu sais quand c’est la fête des pères ?

Légio :
Nan.

Moi :
Les garçons vous savez quand c’est la fête des pères ?

Le Grognard :
Nan.

Le petit Poilu :
Moi je sais ! hé ben maîtresse elle a un calendrier et elle a dit que c’est bientôt !

Silence, j’écris !

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Des fois, j’ai de l’intuition (jamais en revanche pour les crottes de chien sous les feuilles mortes en automne).
Aussi, je pressentais pendant les vacances que j’allais recevoir une proposition d’édition en revenant. Bingo.

Hou la, t’emballe pas.
Et d’une il s’agit d’un petit éditeur numérique, pas la collection de la Pléiade (en même temps je suis pas morte). Je n’ai rien signé, je n’ai aucune certitude. C’est de l’ordre du projet. Qui se réalisera. Ou pas.
Et de deux, c’est pas une fin en soi pour moi d’être publiée et/ou d’en vivre (ah ah ah, mdr) un jour. Je préfère largement arriver à faire ce que je veux avec mes cheveux (ou avec mes gosses) (ou avec mon Légionnaire).
Rencontrer des fans aux yeux ronds me fait encore moins fantasmer. Assurer la promotion d’un bouquin m’emmerde passablement.
Pour moi, l’intérêt d’être en contact avec un éditeur (en l’occurrence, là, une éditrice qui a dû me prendre pour une tarée profondément névrosée kicouplaparol – je suis nulle en téléphone), c’est d’être soutenue, (re)cadrée), d’avoir un regard extérieur (autre que celui du Légio me poussant au cul) et professionnel sur mon travail. Avoir des gens qui croient en toi, ça fait vachement plaisir et ça rassure. De plus, on ne fait rien tout seul.

J’aime l’écrit : lire, écrire moi-même et encore plus sans doute faire écrire. Je ne connais rien de plus valorisant que d’accompagner quelqu’un dans l’écriture… ou d’être admirée par le Grognard quand je lui invente le soir des histoires qu’il vit complètement.
Ca fait longtemps qu’intellectuellement j’ai envie de me lancer dans la rédaction d’un écrit plus conséquent que des billets de blog décousus. Du reste, dès le départ le blog devait être un entrainement. J’avoue, j’ai perdu mon objectif en cours de route… Et quand on ne se lance pas, on ne risque pas de se planter ! La preuve, je me repose sur mes acquis et ce que je sais déjà faire avec ma vie de famille, mon humour un peu daté et bizarre, comme le disait mon ancien chef (« Vous êtes sympa LMJ mais vous avez quand même un humour spécial… »). J’avoue également que parfois je doute après coup de la pudeur de certains billets ici ou de l’image que je peux renvoyer malgré moi et à cause de moi-même. Etre anonyme m’autorise-t-il tout ?

Mais est-ce que je pourrai écrire un roman dont je serai fière, développer des idées profondes avec un ton léger et une psychologie des personnages, nouer des intrigues, de structurer un long récit ? Le manque de confiance en soi, la peur de l’échec et l’orgueil, c’est pas facile à dépasser.
Je ne crois pas être capable de révolutionner de suite mon style et mes thèmes de prédilection. Faut peut-être y aller mollo. J’en sais rien. Déjà être dans la dynamique et surtout rester dans le plaisir. Rester dans le raisonnable : la discipline certes, pas la frénésie. Avec moi, c’est toujours un peu tout ou rien, je vais tâcher de trouver le juste milieu.
Passer à la fiction, s’éclater à rêver, réfléchir et si je fais rêver, réfléchir d’autres personnes ensuite, tant mieux (pour eux) !

Bref, bref, bref. Cela pour vous annoncer la nouvelle et ne pas ainsi reculer devant le défi qui va humainement beaucoup m’apporter j’en suis sûre. Cela pour vous préparer, car je dois me concentrer sur mon objectif, à des absences sur ce blog (après certaines lectrices s’inquiètent😉 ) ; à moins que je relate ici parfois mes pensées d’écrivaine en herbe, la mise en abyme serait rigolote. Cependant ne compte pas sur moi pour donner un de ces quatre sur La Mère Joie le nom du biniou (je souhaite impérativement qu’il n’y ait pas de lien entre le blog et le bouquin).

LMJ, la magnifique

PS : Pour être franche, je pense que vos retours sur mes articles et nos échanges vont rudement me manquer…

No future

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Printemps 2015. Des émeutes tues par les forces de police éclatent dans nos villes françaises. C’est presque du Houellebecq avant Houellebecq…

Nabilla, qui a juré de se faire ligaturer les trompes en même temps que sa nouvelle opération des seins, remplace Cyril Hanouna sur D8 (je sais, c’est dingue, on croirait que j’ai la télé). Evelyne Dhéliat a pu facilement conserver son poste à la météo : trop vieille pour enfanter. Mais on lui a quand même recommandé de raccourcir ses jupes d’au moins dix centimètres.

Il n’y a plus ni poussettes dans les rues, ni landaus anglais, ni porte-bébés (de ce fait, il n’y a plus d’engueulades sur les réseaux sociaux entre les pro-Babybjorn et les pro-porte-bébés physiologiques. Maintenant on s’engueule exclusivement entre adeptes de bichons maltais et maîtres de chiens de deuxième catégorie).

On a envoyé tous les enfants à travers l’Europe dans les grands Centres d’Education Prioritaire à l’Individualité et à l’Apparence, les formatant pour se reproduire plus tard le moins possible, rompant tout lien avec le dernier Houellebecq, vachement comique par moments, l’écrivain était complètement à côté de la plaque question oracles dans le marc de kawa.

C’est une drôle de vie qui se dessine, là. Alors que la France pourrait jouir d’un calme olympien, privée de tous ses marmots, elle sombre dans un chaos inexplicable. Et la majorité des gens semblent regretter la présence de nos chères petites têtes blondes (chez les originaires de Suède).

Du moins, c’est l’explication la plus plausible . Tandis que nous nous baladons à Funky Town mon Légionnaire, G.I. Jane et moi, les badauds stoppent leur marche en nous voyant tous les trois, s’écriant, fort étonnés et tout excités : « Oh, un bébé !!! ».

Gourmet

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Côté bouffe, le Petit Poilu, faut pas lui en promettre. Ah ça, ça a une importance considérable l’alimentation pour lui ! A commencer par ses crottes de nez.
A table, il fait d’ailleurs quantité d’expériences : test récurrent de refroidissement des frites sorties du four dans son verre d’eau (ou celui du voisin) , sandwich de chips fourré au Curly à l’apéro, petit Suisse à la confiture d’épinards, plat exotique à base de banane écrasée sur le poulet rôti / riz au Nutella…

C’est bien simple, il ne pense qu’à becqueter (plus encore qu’à se foutre à poil ou devenir plus tard militaire/pompier/gendarme/soldat de Dark Vador), comme vous allez très très bientôt en convenir.

Cet après-midi, les garçons (les petits et le grand) regardent La belle et le clochard. C’est fou tout ce qu’on trouve sur Youtube de nos jours (y a même des vidéos sur les couches lavables – j’ai une copine avec quatre enfants et un mari presque chauve qu’est capable de regarder ça pendant des heures…).
Le Petit Poilu est alors intrigué.

Le Petit Poilu :
Qu’est-ce qu’y arrive aux zanimaux quand ils sont dans la rue ?

Le père, exhaustif et sérieux, fournit trois hypothèses dont la dernière stipule qu’on les tue.

Le Petit Poilu :
Et on les mange ?

Le Grognard (science infuse) :
En Chine, on les mange.

Le Petit Poilu :
Oui. Mais on enlève la peau !

C’est vrai. Avec la peau, c’est dégueulasse.

Alors qu’à tes gosses, si…

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Je me pose régulièrement des questions métaphysiques. Pourquoi je déteste les chats alors que j’ai une chatte, que j’aime bien dans le fond, dedans ma culotte ?
Mais jusqu’à la fin de la semaine dernière jamais je ne m’étais encore demandé si je ne m’étais pas mise à haïr mes gosses.
Et bien cela m’est arrivé.

Je me suis sentie excédée par une Mademoiselle Commandante qui était plus proche du mollusque avarié ou du romain décadent que du bipède (simplement sur ses deux pieds). Elle l’a aimé si fort, son lit, que les draps s’en souviennent.
Après un redoublement désormais arrêté pour changer de filière qui pète moins, mon snobisme en souffre d’ailleurs un peu, elle a pensé qu’elle pourrait aussi bien faire plus tard DJ dans les orgies fêtes de village. Elle s’entraîne du reste en chantant à sa soeur chansons locales à base de Ricard, Les sardines et le générique d’Interville.
Voilà une toute petite à l’éducation déjà multiculturelle (Margolin, Taniguchi, Musso) (Beethoven, Biolay, Sébastien Patoche) !

J’ai assisté à la ligue des champions (de courses dans les supermarchés – pas de Saint-Drive en campagne, au redoublement de combats de coqs au corps à corps, de grosses conneries et casses en tout genre).
Le Petit Poilu a gagné haut la main avec un très beau costume de schtroumpf réalisé à même la peau en stylo feutre bleu (nan, ça, c’était encore rigolo en fait).
Excédée plus que de coutume, le Petit Poilu a eu le droit à un perlépédalesque « Si tu continues à faire n’importe quoi, je… je… je… je vais te coller une claque. », auquel il a répondu par un « C’est quoi une claque ? ». Et j’ai eu l’air bien con (en plus d’avoir bien honte).

Et donc, je me suis dit que je ne pouvais plus me les saquer, mes petits. Hormis G.I. Jane qui est à Epinal ce que la royauté est à Stéphane Bern, le tajine sur le couscous, l’enfant pour te faire oublier que t’as d’autres enfants (affreux) ou justifier – comme c’est la quatrième – que tu aies d’autres enfants (affreux) avant.
J’ai même pensé, inquiète, que j’avais pu ne jamais les aimer du coup, un peu comme quand tu comptes te séparer de quelqu’un (ou d’un Persan sur la RN126 avant les grandes vacances) et que ça remet en cause tout le passé.

Sauf que le quelqu’un il ne t’aime sans doute plus non plus alors que tes gosses, si. Sauf que le quelqu’un il n’a pas besoin de toi alors que tes gosses, si.
Sauf que finalement le quelqu’un tu ne l’aimais pas sans conditions et tu ne finissais pas par tout lui pardonner alors qu’à tes gosses, si…

http://www.youtube.com/watch?v=Dbe_DIv_Ja0

(en plus, on a quand même en commun de se marrer avec ça)

 

…des belles choses

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Dans ma boite à secrets en métal, je range les quatre ans du Petit Poilu courant, volant, sous une haie de cerisiers en fleurs ; un rayon du soleil qui brûlait la campagne ; trois branches de lilas ; le coassement des grenouilles dans la mare à la nuit tombée ; la chaleur des retrouvailles avec les anciens voisins, les amis, mes parents ; le clocher de la fraîche chapelle aux portes fermées ; la sérénité dans le modeste cimetière de hameau aux plaques commémoratives « chasse, tracteur et passions » ; l’odeur des herbes coupées ; le sommet d’une lointaine montagne enneigée ; les vieux déguisements des garçons à la mine réjouie sous leur masque monstrueux ; un os de tigre à dents de sabre rescapé d’un barbecue préhistorique sur le gazon jauni ; la page cornée d’un magazine apaisant ; une sandale usée Birkenstock ; la saine fatigue d’une longue balade tous ensemble au coude à coude ; les rires des câlins joyeux sous la couette pas assez large.
Qu’ils reposent en paix, les moments doux, que l’on puisse se recueillir parfois devant la petite boite en métal, sans jamais l’ouvrir, et laisser les souvenirs vivre leur vie malgré soi.

Et Maurice Chevalier pour héritage

Début avril. Un vieux refrain refait son apparition. La chanson de ma grand-mère maternelle.

Ke ke ke ketty
Oh ma keketty !
Je suis ton gagagagalant troubadour
je soupipire
et desisire
te donner tout mon nananananamour

Ma grand-mère, que je n’ai pas revue depuis mes dix-neuf ans, vit dans le dix-huitième arrondissement de Paris.
Elle avait envoyé pour la naissance de Mademoiselle Commandante un ravissant pyjama de fille Baby Dior porté aussi par G.I. Jane et un ours polaire en peluche qui n’a plus jamais quitté la petite bleue. Deux objets en rose et blanc dans une histoire familiale un peu sombre.

Ke ke ke ketty
Oh ma keketty !
Je suis ton gagagagalant troubadour
je soupipire
et desisire
te donner tout mon nananananamour

L’air ridicule devient entêtant et je commence à le chantonner à voix basse.
Je me souviens de la seule fois où elle m’avait hébergée quelques jours. Il faisait chaud et on avait bu plein de citrons pressés devant le Sacré-Coeur. Je m’étais ensuite oubliée juste devant les toilettes publiques à l’entrée du métro, au temps où celui-ci avait encore des rames avec des banquettes en bois dur. Ca m’a marquée, le café et la beauté du lieu… et d’avoir pissé dans ma culotte.

Ke ke ke ketty
Oh ma keketty !
Je suis ton gagagagalant troubadour
je soupipire
et desisire
te donner tout mon nananananamour

Je fredonne maintenant de plus en plus régulièrement.
Je fredonne ces six vers aux enfants, les six vers de leur arrière-grand-mère et dont je ne sais plus si je les ai entendus directement de sa bouche ou si les paroles m’ont été rapportées par ma mère.

Ke ke ke ketty
Oh ma keketty !
Je suis ton gagagagalant troubadour
je soupipire
et desisire
te donner tout mon nananananamour

Deux semaines ont passé et je frôle l’hystérie. Je n’arrête plus de chanter, n’importe où, n’importe quand. Je chante fort, sans pouvoir me contrôler. J’exorcise.

Ke ke ke ketty
Oh ma keketty !
Je suis ton gagagagalant troubadour
je soupipire
et desisire
te donner tout mon nananananamour

Je coupe la communication. Elle est morte dans le courant de ce mois-ci. Elle est morte, ma grand-mère, que je n’avais pas revue depuis plus de vingt ans. Je n’aurais jamais cru, qu’elle, puisse mourir un jour.
Je ne pleure pas, ma gorge est trop sèche pour un sanglot, j’ai tant chanté dernièrement.

Petit compliment et grande perfidie

Ce soir au jardin public, J-1 avant l’anniversaire de notre 1er RV à Légio et moi

LMJ :
Oh, Grognard, t’as des taches de rousseur ! J’adooore les taches de rousseur !

Le Grognard :
Ah bon ?!

LMJ :
Ouais, là, sur le nez. Oh, t’es trop mignon comme ça mon Grognard !

Le Grognard :
Ah bon ?!

LMJ :
Mais oui ! En plus, chez un garçon je trouve ça super craquant.
D’ailleurs je trouve ton papa encore plus beau depuis qu’il en a.
Enfin… chez lui, c’est plutôt des taches de vieillesse…

Mon Légionnaire :
Ben moi, j’aime la peau d’orange.

Et toc.

J’aime mes 40 ans !

rantanplan.1298161320(LMJ imbécile heureuse)

J’y pensais constamment. J’allais sur mes quarante ans. J’allais avoir quarante ans cette année. J’avais quarante ans. Puis j’avais eu quarante ans. J’étais désormais dans la quarantaine.

Et mon ventre maternel se remplit tandis que mes quarante ans, d’un vide lourd, pesants, si mornes s’allégèrent.
Je laissai repousser mes cheveux sans m’en soucier, mon visage aux traits tirés s’étoffer et mon regard las prit cette expression d’émerveillement sidéré face à l’univers.
La vie, la mienne, la sienne.
Le chemin semblait tout tracé vers une petite mort programmée et surprise, tout repoussait comme jadis !
J’étais encore au printemps !
Tout refleurirait. Toujours. Pour toujours. Même quand je n’aurais plus d’âge.

Mon âge, c’est le terreau dans lequel germent des roses belles et épineuses.
Mon âge, c’est la lumière de mon expérience, la source vertigineuse de mes savoirs.
Mon âge, un mitan, une mi-temps pour reprendre mon souffle et vivre, vivre pleinement le présent, un pied au sol, un pied en l’air, sans trop m’inquiéter de l’avenir, sans trop regretter le passé.

Demain elle aura quarante ans, je les lui souhaite merveilleux.
Demain je fêterai notre premier rendez-vous avec mon Légionnaire.
Dix huit années ensemble. Quatre enfants dont je n’osais plus rêver depuis bien longtemps. Quatre enfants à choyer, à aimer, à éduquer, qui m’élèveront. Et mes quarante ans, auréolés par ces quatre enfants.

http://www.youtube.com/watch?v=vwSxU7ySkhE

Kid-nappée

Dernièrement j’ai été kid-nappée (littéralement happée par les kids), du genre fille aînée qui veut changer de filière deux mois avant le bac français ou deuxième cadet en recrudescence de conneries d’inventions rocambolesques (collage de gendarmes sur un chewing gum par terre dans le jardin public après s’être assuré, heureusement, du goût périmé de ladite friandise).
Juste avant les vacances, c’est un peu naze. Tout le monde sait que les vacances, c’est déjà fait pour se reposer garder les gosses 24 heures sur 24. Autant vous dire que vous ne me reverrez pas avant quinze bons (ou mauvais, soyons positifs) jours.

Je vais en profiter pour élucider quelques mystères m’ayant intriguée dernièrement.
J’ai le flair de Scoubidou et la perspicacité de l’Inspecteur Gadget.
Comment :
– le film « Les petits mouchoirs » a-t-il pu avoir un tel succès ?
– mes cheveux peuvent-ils être autant météo-dépendants ?
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– ai-je pu enfanter un butor (photo ci-dessous du pistolet Décathlon du Petit Poilu) ?
Jpeg

– les gens peuvent-ils aimer que l’ostéo leur fasse craquer les cervicales en leur dégommant la tête ?
– y a-t-il autant d’injustice sur terre ? (j’ai des problèmes de foie alors que je picole que dalle)
– un bébé en écharpe peut-il se rendre compte quand tu es assise au lieu d’être debout et pleurer (quand tu es assise donc) ?
– est-ce possible d’être décalquée par le décalage horaire à mon âge ?
– malgré tout ça, les mini déboires, les vacheries et les petites folies, la vie est-elle si belle ?

Bon ben faut que j’y retourne…

Allez, salut les copains ! (et trash yéyé)

Alors j’ai serré dans mes bras Baptiste Beaulieu

Jpeg

Je n’y étais pas pour l’écrivain ; je n’y étais pas pour le livre ; je n’y étais pas pour le toubib. J’y étais pour  l’ami Ricoré l’amie Mentalo (oui, c’est toujours la même).
Ca m’aurait titillé le Caducée de demander un selfie. Je suis snob et je trouve cela vulgaire (comme Lucchini). Mais le Dr Baptiste Beaulieu n’est pas Lucchini…
J’ai seulement sollicité un autographe. Pour l’amie.

De Baptiste Beaulieu, je ne pourrai ni parler de son conte ni de son premier bouquin, à peine de son blog que j’ai dû lire deux ou trois fois.
J’y allai donc, les mains dans les poches de mon remède-anti-babyblues-jeans-post-grossesse, sans a priori et l’esprit libre d’avoir confié G.I. Jane à mon Légionnaire ; celui-ci m’avait assuré me rejoindre en cas d’urgence (genre, j’ai très très faim maman, panse-moi l’estomac).

Evidemment la petite a eu bobo à son ventre, évidemment elle voulait voir un docteur (c’est comme ça que j’ai pu griller quelques places dans la salle d’attente. Merci petit coeur de mon coeur.).

L’humaniste Baptiste de vingt-neuf ans, qui porte Terre d’Hermès, féru à propos de mythologie, et a voyagé par delà les mers, est un être solaire dont la rencontre laisse un filament de joie et une ébauche de réflexion que l’on sait d’avance devoir se distiller dans notre existence.
Très pertinent et mature, il a conservé ce qu’il faut de candeur et quelquefois – mais si peu – de certitude liées à son jeune âge pour le rendre hyper attachant.
Quand il parle, on l’écoute en hochant la tête. Il s’exprime parfaitement, rougissant un peu, s’excusant de plomber l’ambiance avec ses découvertes pas très drôles, comme celle d’un monde occidental qui ne se révèle pas être le modèle du bien, inculqué depuis sa tendre enfance.
Baptiste, le timide assuré, se définissant lui-même comme un clown triste (qui crie « Pouet ! » en faisant péter sa main sous son bras pour alléger ses propos), se livre, dit les choses, comme il les pense, avec une agréable culture et une vraie modestie, avec humour et amour de son prochain.
C’est tout cela que j’aurais dû pouvoir envoyer à mon amie plutôt qu’un joli mot de l’auteur dont la fin reflète parfaitement sa personnalité. Baptiste ne cherche pas à dire qu’il est bienveillant, il se contente de l’être, tout naturellement.

Il donne, de son expérience, de son empathie et même de sa belle personne en serrant, pour clore la rencontre, les lecteurs lectrices dans ses bras. Il fait passer, dans son accolade, son énergie, sa chaleur, s’adaptant aux besoins qu’il pressent. Et j’ai vu des femmes sortir ainsi les larmes peut-être trop contenues.

Alors voilà, quand il m’a demandé de venir moi aussi contre lui, sous l’oeil amusé de mon Légionnaire, j’ai cru sentir que lui aussi prenait des gens quand cela était possible, se ressourçait à l’humain.
En tout cas, comme il ne devrait pas venir ici me contredire, je continuerai de croire que le Dr-écrivain-blogueur Baptiste Beaulieu sait donner mais aussi, chose rare, demander, recevoir et que la vue d’une maman fatiguée ce jour-là, toutefois comblée, lui a apporté une minuscule étincelle pour un bonheur amplement mérité.

La troupe sans complexes

Quand on a une famille comme la mienne, il est conseillé de ne pas être susceptible et d’avoir un chouia d’humour (ou beaucoup d’amour).
En doutez-vous ?
La preuve par cinq ! (bientôt par six…)

LE GROGNARD
(FAUTE AVOUEE, FAUTE DE SUITE PARDONNEE)

Le Grognard farfouille dans le tiroir à couverts.
Mon Légionnaire, à côté de moi, pressentant une connerie :
Ben qu’est-ce que tu fais, Grognard ?
Le Grognard-Bibi, tout doucement :
Ben je prenais une cuillère sans que vous me voyiez… Parce que je savais pas si j’avais le droit à deux tartines…

MLE COMMANDANTE
(AMOUR VACHE)

Le téléphone sonne. « C’est pour toi Légio, y a que toi qu’on appelle sur le fixe !!! » Légio grommèle « @***gqgfdygfsyugsyufvSY » (« Quoi, c’est pour moi ?! »).
C’est son frère…
Mon Légionnaire (à son frangin) :
Oh ben ça va bien. Ca grossit, ça grandit…
Mle Commandante (à moi) :
Ca grossit pour toi. Ca grandit pour elle.

MON LEGIONNAIRE
(BUFFLE
MUFLE)

Je donne la tétée à G.I. Jane dans le canapé. Mon Légionnaire a mis sur Youtube une vidéo de concert classique (alors que je lui ai demandé du Marc Lavoine. Oui, j’aime bien Marc Lavoine. L’année prochaine, je me mets à Obispo).
LMJ :
Tu viens près de nous ou tu regardes les mecs ?
Mon Légionnaire :
Non, je mate les gonzesses !

LE PETIT POILU
(HISTOIRE D’EAU)

Yes, G.I. Jane ne pleure pas trop pas du tout dans les bras de son papa, je vais pouvoir me prendre un p’tit bain tranquillos !
(idiote)
[…]
Voilà, le Petit Poilu obsédé des nibards (tout son père) qui pousse la porte de la salle de bains et s’incruste.
Aaaaaargh !
Va-t-il me foutre la paix ?
(idiote bis)
Le Petit Poilu, air innocent :
Maman, je peux te laver les seins ?
LMJ, très ferme :
NON.
Le Petit Poilu, sans gêne et sûr de lui :
Alors je peux te laver la zézette ?

Et tout ça, en seulement trois jours.

La nouvelle guerre parentale

JaquetteMargolin_000Salut les visiteurs du mercredi !
(comique de répétition)

Vous avez cru que vous aviez tout vu sur le net en matière de vraie fausse guéguerre des mémères ?
La dernière en date ?
Le bon – imparfait – parent versus le mauvais – carrément méchant – parent. Enfin, la bonne et la mauvaise mère quoi. Toujours la même infatigable et fatigante rengaine (à la sauce 2015) (à côté t’as envie d’écouter en boucle un refrain 2014 d’Indila)…

Je contextualise mon billet, pardon.

J’en profite pour dire combien les commentaires où las madres faisaient leur mea culpa d’être de bonnes imparfaites madres (elles ne se tapaient même pas dessus entre elles, merde !) sous la vague de billets s’étant emparée de la blogosphère maternelle ces dernières semaines m’ont laissée… pantoise… (mais à la limite, c’était plus fun que les comms de Marmiton, modérés à présent, ce qui donne en substance « Excellent, rien à ajouter » pour une mayonnaise sans oeufs. Avant la moindre recette de tartiflette expérimentale [avec du jambon en lieu et place de lardons] te valait un lâcher de reblochons bien senti !).
Y a même plus de castagne bien corsée… Nulle part !!! Qu’est-ce qu’on s’emmerde…
Cela étant, vous n’êtes pas à l’abri d’un article où je vous narrerais comment je fais de si goûteuses meringues à mes enfants avec mon Kitchenaid et comment, en même temps, je suis pas au top parce que je ne les récupère pas pile à l’heure du goûter (j’ai en cours un replay de Plus belle la vie) (c’est pas vrai, poisson d’avril) (c’est Clem).

Pfiou, je digresse, je digresse, moi… et je ne raconte pas direct qu’une guérilla bien plus sérieuse se déroule chez moi autour du nourrisson, avec un nouveau concept : la-mère-Toucour contre le Permère-juive.

MAGNETO

Mon Légionnaire :
T’as vu, elle est violacée, là, au dessus des yeux.

LMJ :
Ben oui, comme toujours après avoir pleuré… T’avais jamais remarqué ???!!!

Mon Légionnaire qui, au passage, impose propose chaque soir à G.I. Jane une petite séance lecture de littérature jeunesse (un bouquin de Julius Margolin sur les camps de travail soviétiques) :
Je sais pas, elle pleure JAMAIS avec MOI.

Sophie et moi

J’avais une aide-ménagère (le département prend soin de moi depuis la naissance de G.I. Jane. C’est pour ça, j’ai pas voté. Je sais, c’est très mal – je le pense. Mais je ne manifeste pas ensuite, moi Modâme, si je ne suis pas contente du résultat ! Parfaitement, je peux me trouver toutes les excuses que je veux, comme celle de ne pas avoir eu le temps de m’inscrire sur les listes électorales depuis mon emménagement il y a deux ans et demi. Deux ans et demi, ça passe vite. La preuve, je crois toujours que j’ai moins de quarante ans !).

Donc. J’avais une aide-ménagère. Sophie.
Sophie venait deux heures tous les mardis matins, moyennant une somme calculée à partir de mon quotient familial (je précise que je payais. Après on va encore me jalouser. Déjà qu’on m’envie mes courbes généreuses, ma tendinite à l’épaule – finalement après écho, c’est une tendinite – et mon haleine de fennec au petit matin [scoop]…). J’avoue que pour l’accueil de ce quatrième enfant, je bénéficie actuellement d’excellentes conditions. On ne dira jamais assez comme des facilités matérielles, d’organisation, d’entourage etc. peuvent changer du tout au tout le ressenti et le vécu d’une maternité… Par exemple, c’est plus compliqué d’être maman quand t’es battue par un pervers alcoolique, que tu palpes le RMI RSA, que tu vis à sept dans un studio d’une barre HLM avec vue sur l’A67, que ta belle-mère fait le trottoir et ne peut jamais te garder les mioches le soir (ça reste un exemple comme un autre bien sûr).

Bref, sophie.
Sophie était mon aide-ménagère, mignonne, toute mignonne, vraiment mignonne. (presque autant attendrissante que la fille de ma chouchoute de blogs)
Je lui servais le café-crème-deux-sucres et lui nettoyais ensuite sa tasse ; je la gavai du gâteau d’anniversaire fait maison du Petit Poilu auquel il n’avait pas voulu toucher (le petit impertinent) ; je remettais en place l’aspirateur pour elle ; on partageait des machins et des trucs sur nos enfants. On n’avait certainement pas du tout la même vie ; on avait cependant les soucis communs à toutes les mères.

Mais l’organisme qui l’employait a téléphoné ce matin. Sophie ne viendrait pas (pour une fois que je m’étais fait violence pour tout laisser dégueulasse) , elle avait rompu son contrat avec eux, avait des problèmes à régler et rendez-vous avec une assistante sociale. Sophie ne viendrait plus chez moi. En l’espace d’une sonnerie, j’avais perdu une copine.

Sophie que je mettais en retard par nos conversations car, consciencieuse, elle tenait absolument à finir ses tâches (sauf ranger ce qu’elle avait déplacé pour nettoyer. En plus, elle n’était pas parfaite, donc vraiment parfaite) avant de partir sera bientôt remplacée (vite Pliz!).
J’aurai une nouvelle copine de fiction et de faction, sûrement très efficace, sûrement sympa aussi, j’oublierai vite Sophie, mon aide-ménagère. Mais en attendant, j’espère sincèrement (et mon Légionnaire également) qu’elle va bien.

Naître parents

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Avec nos enfants, nous croyions être les professeurs et nous n’étions que les élèves.

Naître parents, c’était s’ouvrir au monde, repenser le passé, entrevoir l’avenir – même sans nous –  essayer de lui faire confiance, la peur agrippée à la poitrine.
Avoir des enfants, c’était exigeant, remuant, formateur, exaltant, fatigant, salvateur parfois…
Ils nous ressemblaient mais n’étaient pas une extension de nous ; ils ne nous ressemblaient pas autant que nous ne le croyions ; ils nous ressemblaient de moins en moins ; ils ne ressemblaient plus à ceux qu’ils avaient été.

L’enfance des photos jaunies était finie, des petits bouts d’eux mouraient chaque jour, d’autres se construisaient pas à pas, de grands bonds arrivaient aussi.
Ils n’étaient pas les êtres que nous aurions souhaité façonner avec tout notre amour mais également, nos ambitions et, bien malgré nous, avec nos fragilités et nos faiblesses.
Ils prenaient un peu de nous, ils prenaient beaucoup des autres.
Et souhaitons-leur qu’ils aient surtout découvert d’eux-mêmes.

Avec nos enfants, nous croyions être les professeurs et nous n’étions que les élèves.
Nous étions si chanceux de pouvoir encore apprendre à nos âges…

Quatre allaitements

DSCN4098(1ère tétée pour G.I. Jane)

J’aime allaiter.
J’ai pour ambition de remettre les métiers d’antan au goût du jour. Nourrice, je ferai. J’ai réfléchi à tout. Vingt euros la tétée (faut rentabiliser), 1er essai gratuit, hygiène des seins garantie, test VIH hebdo s’il le faut.
Maintenant faut que je trouve mon public. Les prémas, c’est déjà pris (ah, la concurrence est dure avec les banques de lait !) et je n’apprécie pas du tout de tirer mon lait. Mère culpabilisée d’avoir foiré ? Bobo coquette pensant qu’elle risque de se niquer les nichons ?
En tout cas, va falloir tirer sur la corde sensible des mamans pour constituer ma clientèle (ça sera pas trop difficile)… J’espère qu’ils vont nous pondre un nouvel article où qu’c’est qu’y aura écrit que les bébés allaités zozotent moins (version chtimi), jouent mieux au rugby (version sud ouest), mangent plus de kouign-amann (version Bretagne), portent davantage de plateforme shoes (version Saint-Trop’).

J’aime vraiment allaiter.
D’ailleurs si je n’aimais pas ça, je n’allaiterais pas. On a assez d’une mater dolorosa dans la famille (mi madre).
Mais j’adore ça. Les psys de comptoir analyseront…

Alors voilà (non, je ne suis pas médecin urgentiste), j’allaite pour la quatrième fois.
Et c’est extra-ordinaire de constater que tout comme chaque bébé est différent, l’allaitement l’est aussi (et que même, Doctissimo il mentait pas, y a bien des bébés allaités qui chient pas des bouses atomiques bouton d’or vingt fois par jour et n’ont des selles que deux fois par semaine #découverte G.I. Janesque).
L’allaitement, valse orchestrée par le bébé au sein du couple mère-enfant, ses besoins, sa capacité à téter, sa santé à laquelle la mère va chercher à s’adapter, avec sa confiance en elle et son bébé, sa conception de l’allaitement, ses connaissances et son expérience, son envie, son mental, sa physiologie, son physique…
Il y a des bébés faciles à allaiter et des bébés durs,  voire très très durs à allaiter, de bout en bout parfois.
Et c’est tout. J’apprends encore…

Le jean post-grossesse

Retour du jeudi. La fièvre acheteuse contre-attaque.
J’ai rien demandé que mes pompes m’ont poussée à l’intérieur du magasin. Z’ont rien écouté encore aux conseils de Maître Yoga : « Les yeux fermés et sur les mains dans la rue tu dois marcher ».
Celles de mon Légionnaire suivent péniblement.
Les chaussettes de G.I. jane, engoncées dans leur écharpe de portage, crient victoire (c’est une paire de meufs).

Et patatra, je craque. Hop un pull caban dans le cabas !

IL ME FAUT UN PANTALON !
Ceux de grossesse à soufflet me font une poche d’air quand je pète discrétos ; ma sempiternelle salopette me donne toujours l’allure d’une bobonne (de gaz). Quant aux pantalons d’avant, j’ai pu y rentrer jusqu’aux genoux, et encore j’aime pas dire de mal de mes mollets.
J’en ai marre des robes, que j’ai portées enceinte du Petit Poilu, en allaitant le Petit Poilu et même après, enceinte de G.I. Jane, en allaitant G.I. Jane (et sans doute après).
Ma petite fleur a sans cesse la gerbe (l’obscur concept marketing de « bavouillette » avait donc un intérêt. Dingue !), baptise mes cols bénitiers et mes épaules voire ma poitrine. Et comme je n’ai pas qu’un haut à changer, je demeure à demeure avec mon habit dégueulassé de plus en plus au fur et à mesure de la journée.

J’AI DONC TOUTES LES – BONNES – RAISONS DE DEVOIR ME PRENDRE UN PANTALON !
Cela tombe précisément bien puisque le jean en face est chouette, a une étiquette -30% et semble tailler plutôt un bon 44 qu’un petit 42  (erreur de fabrication, il va sans dire).
Fébrile, j’essaie.
En fait c’est un jean boyfriend que je porte en slim.
Ca me plaît. Je montre au Légio.
Ce n’est : ni de la dentelle, ni du transparent, ni du fendu, ni du ras du cul. Légio fait la moue – très très dubitative.
« T’en penses quoi ?
– Hmmm…
– Ah… Bon ben je prends !!! »
Je suis comme Mademoiselle Commandante. Je m’enquière d’un avis pis après je fais comme je veux.

IMG_4796-001(Simple et funky)

Ca me fait un petit peu chier quand même de ne pas lui filer la trique au Légio. Après, c’est qui qui trinque, hein ? Maintenant que je n’ai plus de trompes, je ne voudrais pas qu’il me trompe ! (y a un concours d’allitérations bientôt dans le coin, je m’entraîne. Pour l’instant je me mets 18/20)
Moi, je me trouve jolie. Avec des formes que je n’aime pas spécialement sur mes cuisses et mes hanches mais jolie. De toutes les façons, souvenons-nous de la maxime intemporelle de ma daronne « A un certain âge, faut choisir entre son visage et ses fesses ».
Je suis contente. Je me sens femme. Je me sens sexy. Pas seulement mère nourricière. Pas seulement mère tout court. Je sais pas, ça me fait du bien, de penser à moi, de ne pas porter pour une fois une pelure à trois euros de seconde main. Je ne me souviens même plus à quand remonte mon dernier achat de fringue neuve…

De retour à la casba pour donner la tétée à la gamine avant de retracer chez le kiné/ostéopathe pour mon épaule kabobo , j’enfile le futal, fière.
J’ai beau tourner autour de mon Légionnaire, le cul rebondi et la pose langoureuse, il ne pipe mot (j’ai pas mimé de turlute aussi…).
J’ai personne non plus ensuite qui m’arrête dans la rue pour me dire que je suis superbe ou charmante – ou bonne, soyons folles !
L’ostéo que je vois pour la première fois ne m’accueille pas d’un compliment sur ma tenue…
Les garçons à la sortie de l’école ne remarquent rien (je ne ressemble ni à un soldat de Dark Vador ni à un Ninjago…) ; les maîtresses ne me reluquent pas ; les ATSEM préfèrent surveiller les gosses ou nettoyer les classes.

Il me faudra attendre 18h45 et Mademoiselle Commandante et son spontané « Maman, j’adooore comment t’es habillée !!! ».
Moi j’adore avoir une fille (qui parle – contrairement à l’autre qui pleure) (qui parle quand ça lui chante) (et ne me prévient que mercredi de son épreuve de TPE au bac – ce matin – parce qu’elle s’inquiétait pour sa copine qui la passait le lendemain – et ne s’est pas réveillée ce matin aussi – y avait pas sa copine ; heureusement y avait papa).

Puis en passant à table elle s’écriera :
« Mais il est neuf!! ! Tu l’as payé combien ???!!! »
Alors je me sentirai belle. Belle mère coupable.
Et je laisserai mon nouveau pull bien planqué dans l’armoire…

Le cadeau

J’imagine les aiguilles caresser la maille. Un point à l’endroit. Un point à l’envers.
J’imagine les doigts que je n’ai jamais vus, jamais serrés. Tenir les aiguilles.
J’imagine les yeux qui fatiguent sur l’ouvrage. Il est temps d’arrêter pour ce soir ; on reprendra demain.
J’imagine qu’elle a imaginé, appliquée, ma surprise et le plus adorable des doudous pour le bébé inconnu d’une inconnue.
J’imagine qu’elle n’a pas imaginé combien ma famille serait touchée, émue par son geste. Non. Par ses gestes. Répétés inlassablement en pensant à nous. Par les légères imperfections du fait main qui engourdit les phalanges et dégourdit le coeur.
Alors si Béatrice a pris du temps, du fil et quelques sentiments bienveillants et généreux, mon mail de remerciement me semble bien fade depuis la semaine dernière pour ce si rare présent dont la douce laine réchauffe un début de printemps timide.

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Orientation : la motivation (gratinée) de mon ado

Salut les visiteurs du mercredi !
(elle est bonne celle-là)

Parmi les questions existentielles du parent (moi) d’ado (Mademoiselle Commandante), se pose celle délicate du choix de l’orientation.
Qu’est-ce que tu feras plus tard, petite péronnelle ?
Ai-je assez épargné sur ton livret A ?
Aurons-nous un plan B ?

L’orientation, c’est le truc qui, au monde, te prend le plus la tête, avec un grand accent circonflexe, après le pillage secret de serviettes hygiéniques par un membre adolescent féminin anonyme de ta famille et dont tu as besoin en urgence un dimanche matin.
Depuis la grande section, on te parle de l’orientation. Est-ce que mon enfant ira l’année prochaine, au CP, dans la classe de Madame Michu  qui utilise la méthode globale ou la classe de Madame Michette qui utilise la méthode monosyllabique (#la guerre des écoles) (et ça c’est quand Montessori ne marchait encore qu’en Italie du sud) ?
Même dans Sam le pompier, ils te causent de l’orientation « Allô Elvis, c’est Sam, Nicolas a encore fait une connerie, je tourne à gauche ou à droite pour arriver à la maison de Max Caro ?! » (les initiés décoderont).
Plus tard, après avoir choisi la LV1 et la LV2 et si elle fera latin, grec, voire fenugrec si ta fille allaite, il faut trouver des stages. Le stage, c’est ce qui va permettre à ton mioche de bien choisir son orientation vu qu’au CIO, ils branlent que dalle (#petit contentieux non bancaire). Par conséquent, ton enfant devrait faire le choix réfléchi de s’orienter vers la branche où tu as eu assez de réseau pour lui dégoter un stage (parce que tu suces)…

Bref, la gosse, vers 15 ans 3/4 – 16 ans, elle arrive en S car il faut faire S. Et je confirme. J’ai un verre mesureur avec les litres en fraction, ta recette elle te donne la contenance en millilitres et ta crème fraîche Ellevire elle est en centilitres. Et bien je passe plus de temps à faire lamentablement des conversions qu’à jouer le remake maison du meilleur pâtissier parce que j’ai pas fait S, faute de kiffer davantage l’Albator de Beaudelaire que les fables de Pythagore.
La mienne, elle fait pas S non plus (elle a jamais rien pigé aux soustractions. Par exemple, tu lui demandes de bien te dire le mois suivant si elle a tout gaulé les 68 serviettes hygiéniques, ben elle sait pas, sauf que si, et c’est mardi, 1er mai ).

Et justement, en parlant de victuailles, elle aime beaucoup becqueter, la môme. Et elle bouffe. Ce qui, entre nous, est tout à fait injuste au regard de sa physionomie fine, élancée et dont le Nutella se transforme chez elle aussitôt en abdos. Si, juré. Sur la caboche de M’sieur Ferrero.
Aussi, malgré son désintérêt actuel pour la faculté, la Fräulein, qui ne sait que faire plus tard de ses mollets cacaotement musclés, sembla enchantée de visiter hier, avec le lycée, une de nos grandes universités.
En effet, elle me dit le lundi soir « Tu sais ce que j’ai hâte de voir là-bas ? ».
« Non… », fis-je heureuse (Yes, elle a un but !).
« C’est le self !!! », me répondit-elle très sérieusement (sérieusement hystérique, façon cuistots qui s’affrontent dans Top Chef).
Je levai donc les yeux au ciel en grommelant et elle ajouta « Ben quoi, manger, c’est hyper important, c’est la vie !!! » (la lecture de Gargantua est hautement déconseillée en 1ère L).
Je me rassurai : la nuit porte conseil (et du ciboulot plutôt que de la ciboulette).
Le lendemain matin, je lui demandai de m’envoyer un SMS dans la journée pour me tenir au courant de son expédition. Mademoiselle s’exécuta de bonne grâce (elle doit être payée par SFR pour l’envoi massif de SMS).
9h07 : « On arrive à Big City, je te donne des nouvelles dès que je peux, bisous »
Je répondis : « Merci !!! Bisous »
Enfin, à 12h01, le petit logo de message s’afficha sur mon téléphone portable. Enfin.
« Pizza kebab ce midi ! »
Avec photo du plat à l’appui.
(l’orient tentation, elle dut piger…)

Puis plus rien…
…jusqu’à 16h55 : « On est dans le bus, on rentre😉 « 

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Au secours, mon ado est amnésique !

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L’autre matin, il y a une légère brume qui flotte sur la colline au loin. Personnellement je suis alerte et loin d’être embuée. Je me dirige d’un pas ferme vers le salon. J’ouvre la porte et découvre, se détachant de l’accoudoir du fauteuil noir, un soutien-gorge blanc grisâtre, bien trop pastel pour être le mien ; sur le canapé, un jean bien trop petit pour être le mien.
Je me dis « Tiens, Mademoiselle Commandante a confondu le mobilier repose-boules avec un porte-manteau (ou la machine à laver) ».

Après cette interruption de programme, je continue sur ma lancée et vais faire chauffer mon café au lait. Sur le plan de travail de la cuisine, esseulé et bleuté, traîne un élastique.
Je me dis « Tiens, Mademoiselle Commandante a oublié qu’elle ne s’attache jamais les tifs… ».

Le breuvage régénérant avalé, j’emprunte le couloir dont la console est revêtue d’une brosse et d’un sèche-cheveux.
Je me dis « Tiens, Mademoiselle Commandante a égaré la voie vers la salle de bains. ».

Je dois maintenant vérifier que Mademoiselle Commandante a bien refermé la fenêtre de sa chambre qu’elle a aérée en ayant forcément éventuellement laissé le chauffage allumé. Je  referme donc la fenêtre et aperçois sur son bureau, sous un tas de fringues – plus ou moins propres – dont une des miennes roulée en boule, empruntée pour dépannage express exceptionnel et qui aurait dû réintégrer ses pénates depuis belles lurettes, ma tablette (prise sans autorisation préalable) totalement déchargée, en conséquence de quoi étonnamment éteinte.
Je me prends ensuite les pieds dans un cahier par terre et découvre sous son lit (c’est retour vers le futon) mon chargeur de téléphone (pris sans autorisation préalable) car elle a paumé le sien (tu m’étonnes).
Je me relève et me cogne dans le pot de nutella, sans couvercle, dont il reste de la pâte à tartiner (si le pot était vide, il se trouverait bien rangé dans le placard de la cuisine) et une tasse poisseuse.
Je me dis « Tiens, Mademoiselle Commandante a oublié les règles élémentaires de politesse et d’hygiène de base. ».

Je file désormais dans la salle de bains où toutes les grandes serviettes sont trempées par la seule personne (de seize ans et demi) qui prend un bain le matin, ce qui engendre inlassablement des flaques d’eau un peu partout dans la pièce, et je constate que ma trousse à maquillage est sortie sur le vasque (mouillé). Sachant que je ne me suis pas maquillée depuis des mois, j’en suis fort marrie. Ma trousse tenterait-elle une évasion, contrariée par un tel délaissement ?
Hypothèse la plus probable.

Je demande, tout de même et à tout hasard, à Mademoiselle Commandante le soir si elle a pris ma trousse à maquillage, en lui mettant le nez dans le lavabo comme on met la truffe du chien dans son caca. Aimablement, bien sûr.
« Eh, Fräulein de mes fesses, c’est pas toi qu’aurais pris ma trousse à maquillage ce matin ? », l’apostrophé-je.
C’est un fait, je suis aimable.
« Euh non, je me souviens pas… », me répond-elle, rosissant de son trou de mémoire.
Voyez… L’amnésie !!!
Je reprends avec mon ton aimable.
« Euh Fräulein, tu te foutrais pas de ma gueule, là… »
– Ben, je me suis PEUT-ETRE servie de ton fard à paupières… »

Au secours, mon ado est bel et bien amnésique !

L’anniversaire

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Aujourd’hui, il fête ses quatre-vingt-dix ans.
On lui a préparé son gâteau préféré, on y a ajouté deux bougies, un neuf et un zéro, comme il se doit. On a planqué son cadeau dans la remise depuis un mois.

Les amis qu’il lui reste sont arrivés, ainsi que ses enfants, ses petits-enfants et son arrière petit-fils.
« Ils nous enterrera tous ! », chuchote-t-on souvent derrière son dos voûté.
Il ne craint plus la mort, elle, le redoute. Alors, bien qu’il est prêt car il lui semble avoir fait ce qu’il avait à faire ici-bas, elle ne vient pas.

Et pourtant, quatre-vingt-six ans auparavant, trois dodos avant son anniversaire, il demandait, des sanglots dans sa petite voix, si c’était vieux quatre ans, parce qu’il ne voulait pas devenir vieux, il ne voulait pas mourir.

Longue vie, mon fils !

 

J’ai bobo à mon épaule

En 2011, j’ai expérimenté la cruralgie après la naissance du Petit Poilu. (et le bobo à mon dos)
Lis, c’est un ordre. (et appelle-moi Maîtresse)

Cet après-naissance-ci, je teste la luxation du tendon de l’épaule droite. (je me demande si mon docteur est un vrai docteur. Que ceux qui s’y connaissent en médecine lèvent le doigt et m’indiquent si ça existe, ça, la luxation du tendon de l’épaule (droite)).

Il faut se méfier des gros cartons, des faux-mouvements en suivant et du trop plein d’optimisme. CQFD.

Gentil coquelicot

Il est 14h00. Le bleu a percé dans le ciel. Il y a même quelques francs rayons de soleil.

« Viens, G.I. Jane, on va se balader ! »

Je l’enveloppe dans l’écharpe, je mets par dessus mon manteau de portage. Je verrouille le tout avec ma fermeture éclair. Je suis fin prête.

Au moment de partir, je reçois un SMS : « Votre colis vous attend dans votre relais tabac-presse, rue Dépoumonpouri. »

« Eh, G.I. Jane, on va ramener tes nouveaux inserts pour les langes et le petit tabouret pour l’ange. »

Je suis sûre que ma fille est joie. Quels somptueux cadeaux.

Dans ma rue, il y a la pâtissière qui ne peut pas avoir de gosses et avec laquelle je me suis montrée indélicate, par ignorance. Je m’en veux encore d’avoir dû indirectement la blesser. Elle ne m’en veut pas – je suis sa meilleure cliente.
Et des passants comme vous et moi, dans ma rue…
Elle est calme, toujours aussi abrupte. Elle est jolie et lumineuse, ma rue.
Ca pourrait sentir le mimosa et les chichis de la fête foraine installée en haut de la ville. Ca pourrait.

J’entre dans une ou deux boutiques. Flâner. Toucher les tissus. Regarder les imprimés. Rêver de cette ravissante robe vichy à Saint-Tropez. « Qu’est-ce que tu es belle ! », me dit-il, l’air gourmand, devant le Sénéquier.

Je traverse le pont. En bas, le joggeur fait de petites foulées. Un chien tire sa mémé. Un couple discute en se promenant pour digérer. Je passe, ils continuent leur route.

Me voilà devant le tabac-presse. Je pousse la porte en saluant la dame imbuvable haut et fort. J’attends mon tour sans ronchonner. Puis je lui donne mon nom. Elle revient, l’air maussade, avec mon paquet.
MONSTRUEUX.
Ce sont des inserts pour cyclopes ?
ET LOURD.
Le tabouret est en plomb ???

Le carton est si encombrant… Je glisse mes bouts de doigts comprimés à l’intérieur des fines fentes pour pouvoir le maintenir sans écraser G.I. Jane et sans me déboiter une épaule.
Je croise quelques badauds, indifférents.

J’ai chaud… J’ai chaud…
J’AI CHAUD !!!

LMJ, pense que tu auras un grand carton pour rendre plus tard ses affaires de bébé à la Mentalo. Pense que t’as un magnifique grand carton. QUI TE SCIE LES MENOTTES, TE FAIT SUER SANG ET EAU ET TE MONTRE QUE LA GRAVITE C’EST PAS DES CONNERIES.
LMJ, t’as toute la ville à retraverser, putain…
La ville qui monte maintenant. Qui monte. Et qui monte. Et qui monte.
SOUFFRANCE.

Sur le trottoir d’en face, une mère vêtue de rouge pousse son landau. Va-t-elle traverser comme moi ? Elle me zieute bizarrement.
Les voitures ne s’arrêtent pas au passage piéton.
CA PESE.
PENSE AU GRAND CARTON. PENSE AU GRAND CARTON.
Elle me zieute toujours bizarrement…
Ah, aucune bagnole, je peux y aller !

Elle m’apostrophe, un peu affolée.
 » Ca va ??? Je peux pas vous aider ???
– Non non, ça va, merci.
– Mais c’est pas trop lourd ??? Vous êtes sûre que je ne peux pas vous aider ???!!!
– Ca va aller, je vous remercie beaucoup.
– Vous êtes sûre ???!!! Non mais j’espère que vous n’habitez pas trop loin au moins !!!, ajoute-elle d’un ton de légère réprimande bienveillante. »

Cette jeune femme, embarrassée elle-même d’un landau et d’un bébé, semble si touchée par ma situation qu’elle tient absolument à me soulager !

Je redémarre en pressant un peu plus le pas.
Dans mon bled, le ciel est bleu comme une orange, les rayons du soleil me brûlent les os, certains cartons sont décidément trop volumineux et une donzelle a fait le printemps.

Quel modèle pour mes enfants ?

shiva

L’année dernière je donnais des cours à l’IUT. C’était du lourd ces gosses majoritairement de sexe masculin, j’aurais pu ouvrir un blog, d’ailleurs je le leur disais et ça les faisait rire. Y a de ça de bien, ils n’étaient pas susceptibles et en plus, ils étaient gaulés comme des dieux.


Limites en situation d’illettrisme pour certains, zéro méthodologie, concentration néant mais 15 en philo et 16 en français au bac ; tous bacheliers donc, avec mention et dossier scolaire en béton.
Putain…
Ils n’étaient pas cons ces gamins ; on les prenait pour des cons. Depuis des années en leur faisant croire à des programmes d’excellence calibrés et surchargés (avec des barèmes de notation dont l’exigence était sans cesse revue à la baisse). C’est pas un hasard si beaucoup d’universités sont contraintes maintenant d’imposer des cours de français à leurs étudiants de première année…
Ils avaient acquis de nouvelles compétences, ils avaient développé d’autres approches intellectuelles avec les technologies actuelles. Ils avaient des idées. Mais ils étaient incapables, sans – grand – soutien préalable, de les structurer, de les agencer selon un plan défini dont ils ne mesuraient pas l’intérêt ; la base quoi. Ca restait du domaine de l’idée pure, inexploitable.

Ce que je retiens surtout de cette expérience, c’est l’absence d’attention (et accessoirement de finesse) chez ces jeunes.
Après avoir déclamé « Eh Madame, il a fait un CV de PD, il est rose !!! » (vous avez bien lu, hein ! Vous vous rendez compte ??? Il m’a appelée Madame !!!), Robert apercevant une palombe dans les arbres, s’approcha un peu de la fenêtre et se mit à imiter (fort bien) son cri (pleurs). Le vrombissement d’une mouche bourrée dans l’atmosphère, un stylo qui tombe par mégarde, tout était sujet à divagation, tournage de tête comme une palombe girouette, à un lâcher de chiots fous, à digression.
D’ailleurs la petite Fanny, rare fille dans cette section, ne dit-elle pas haut et fort, toutefois innocemment, lors d’un travail sur une synthèse concernant l’adulescence qu’il fallait profiter de sa jeunesse car on voyait bien qu’après les femmes de quarante ans, c’était toutes des cougars (Madame te remercie, Fanny).

Ce manque de concentration, je le note aussi chez nos gamins (les miens, les vôtres) qui ne sont pas à ce qu’ils font.
Mademoiselle Commandante, par exemple lit un livre pour le lycée en même temps qu’elle consulte ses SMS « T ou ? Lol », qu’elle écoute de la musique (même si c’est du bon vieux funk), regarde la vidéo du morceau et qu’elle fait des selfies avec son bouquin « Rabelais, c’est trop de la balle ». Bizarrement, à l’évaluation il y a marqué sur sa feuille qu’elle a fait des contre-sens…
Et je me dis que nous les parents, nous avons une responsabilité dans cette histoire.
J’ai une copine, Pénélope, qui me téléphone, en faisant ses courses, en demandant un renseignement à la vendeuse et en brodant une toile simultanément. Au cinoche, elle doit faire sa pédicure et ses sourcils en pensant à Ulysse, son mec.
Elle m’épate parce que personnellement je suis monotâche et j’ai déjà du mal à faire un truc de mes mains correctement. Pourtant je ne l’envie pas. En fait, elle m’effraie. Tous ces gens qui ont pris l’habitude de courir, de fuir en avant constamment, de ne pas lâcher leur portable, de dîner au restaurant côte à côte en twittant leur repas chacun dans leur coin (vu et revu) me font flipper.
Après on engueulera nos enfants en leur demandant de n’être qu’à leurs devoirs que l’on surveillera de l’oeil gauche en même temps qu’on répondra à nos mails (je plaide coupable) (le gaz de 10h46, c’est moi aussi).

Je note du reste qu’on leur offre peu de perspectives d’avenir.
Déjà, on leur dit que leur bac ne vaut rien (c’est bon pour leur estime de soi…), qu’ils seront au chômage, obligé, que s’ils veulent du boulot, il y a les vieux à s’occuper, l’avenir, ce sont les vieux. Très engageant.
Je pense également à la Fräulein qui, dans moins d’un an, devra s’inscrire pour étudier quelque part. Elle ne sait absolument pas vers quoi s’orienter, je lui mets la pression, et elle de me demander « Et toi, maman, tu vas faire quoi après ton congé parental » et moi de lui répondre « J’en sais rien. ». C’est vrai, je n’en sais rien. Je ne supporte plus notre système économique, je ne supporte de moins en moins les contraintes professionnelles à la gomme, les mots commençant par les préfixes « Co » et « Pro » et tout ce vocabulaire de merde ampoulé, de devoir faire mes preuves encore et encore, d’avoir un chef dont les ordres me semblent abscons. Je n’ai plus envie d’être sur-sollicitée en journée et de retrouver, vidée, mes gosses qui ont vraiment besoin de moi, eux, de réfléchir à des problématiques, de chercher à m’épanouir dans un boulot alors que je m’épanouis parfaitement sans. Non, je ne sais pas ce que je veux faire, jaurai quarante-deux ans cet été et je demande à ma fille de seize ans et demi avec ses petits pieds de choisir fissa son orientation et un métier.
Je ne compte pas réfléchir ardemment à tout ça durant mon congé parental, à l’investir pour plus tard, à avoir des activités que je pourrai valoriser par la suite. Chaque chose en son temps. Chaque chose en son temps. Je vais essayer…

Arriverai-je un peu à être un modèle cohérent pour mes enfants ?

En guise de conclusion queue de poisson, comme je vais jusqu’au bout de ma logique du « Fais ce que je te dis mais ne fais pas ce que je fais », j’écrirai que je n’ai respecté aucune méthode pour ce billet et je n’ai pas conçu de plan avant sa rédaction… Mais je m’en tape, aucun ancien étudiant ne me lira…

PS : Consulter les articles sur une thématique similaire de Maman@home et Poussières d’Estelle.

Ce que mon Légionnaire et moi avons perdu avec la venue de G.I. Jane

03

Début mars 2015

Tard le soir (20h30), deux individus sont prêts à s’abandonner à un sommeil de deux heures max. L’un d’eux porte contre son épaule l’enfant béni.

LMJ :
Elle me fait penser à Mademoiselle Commandante comme ça, la même position, la même expression.

Légio :
C’est exactement ce que je pensais. On revient quinze ans en arrière.

LMJ :
Dix-sept.
(ouais, je suis un peu chiante sur les bords)
C’est pour ça que j’ai l’impression d’avoir VINGT ANS EN MOINS !!!
(ouais, zéro logique temporelle…) (ouais, bien sûr je me couchais à 20h30 dans ma prime jeunesse)

Légio :
Moi j’ai surtout l’impression d’avoir DES CHEVEUX EN MOINS…

Et dans l’obscurité, ta peau sous mes doigts

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Il est 3h10. 23h30. Ou peut-être 2h15.

Celle aux alentours de 23h00 est toujours plus délicate. Elle m’extirpe, embuée, d’un sommeil profond que je n’avais pas envie de quitter. Je m’assoupis aussitôt, une main soutenant ta nuque et l’autre maintenant mon sein lourd. Tu lâches ce dernier, je m’éveille à nouveau.
Qu’ai-je rêvé ? Où est le rêve ? N’est-ce pas celui de toi à l’instant présent, nichée au creux de mon coude, repue et sereine quand les coliques te laissent une trêve ?

De la boulangère rue Marly au boucher rue Victor Hugo, ils veulent tous savoir si tu fais tes nuits.
A six semaines…
Ils ont l’air étonnés de ma réponse négative. Je suis étonnée par leur étonnement…
Tu feras tes dents, un jour. Tu feras tes nuits, une nuit. L’expérience nous a appris à être – très – patients…
Cela a bien peu d’importance du moment que je parviens encore à m’en accommoder.
Je préfèrerais qu’ils me demandent si je récupère correctement, si ton rythme me convient ou si nous parvenons à fonctionner ensemble ; quelque chose du genre.

Dans cette intimité où nul ne vient s’immiscer, hormis quelques ronflements paternels, au mitan de la nuit, au milieu du noir à peine aquarellé par les étoiles d’une veilleuse projetées au plafond, tu plonges ton si doux regard dans le mien – où est-ce l’inverse – tu t’abandonnes à ma chaleur maternelle.
De mon index, je redéfinis les contours de ce petit coquillage sous tes cheveux lisses qui n’attend que des mots d’amour susurrés dans une vague de tendresse, j’embrasse ton front duveteux et je tremble, éprise, en apercevant les plis de ce cou moite et moelleux.
Je serre ta main confiante dans la mienne, te caresse, quelques fois épuisée mais heureuse.
Mon enfant, n’est-ce donc pas un rêve ?

 

Prendre au pied de l’insecte

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Le Petit Poilu, assis sur le canapé à côté de moi (et G.I. Jane) agite frénétiquement sa jambe droite.

« Maman, j’ai des fourmis dans le pied !

– Approche-toi, je vais te le masser…

– Nan, il faut le secouer !

– Si tu veux que ça passe, il faut plutôt marcher, Petit Poilu. »

Le Petit Poilu se lève et marche. (on a le charisme christique ou on ne l’a pas)
Il a l’air bien désappointé.

« Maman, y a rien qui sort !!! »

❤❤❤

Les stratagèmes de l’ado

visuel-les-beaux-gosses

Je sais que tu connais la vie (tu souffres de ton enfant de cinq ans qui fait une préadolescence précoce.) mais laisse-moi tout de même te conter la fabuleuse découverte que j’ai faite récemment grâce à mes gènes intellectuels surdéveloppés dans le domaine de la pédopsychologie (ma tante est infirmière psy).

Chez l’ado, il n’y a que deux alternatives : soit il te rentre dedans, soit il agit en douce.
Cela relève dans tous les cas de la politique « Foutetagueule ».

Le tien, il te fait de la provoc’. C’est un extrémiste. Il trouve que les Docs noires  devraient être placées au fond des magasins de chaussures tandis que les blanches devraient être en vitrine (j’espère que tu l’as appelé Jean-Marie si c’est un garçon et Marine si c’est une fille…). Ca va pas du tout avec l’éducation que tu lui as donnée (on trouve que ton mioche est un gros naze mais on est soulagés par rapport à toi ceci dit…). Et systématiquement quand tu lui a appris qu’il fallait aimer le tango, il aime la java (alors qu’un bon Benjamin Biolay, hein…).
Plus tard, il votera pour le neveu de Besancenot parce que t’auras vieilli et que désormais t’auras la flippe de tout ce qui est différent de toi (les jeunes, les foutus mendiants rue de Sèvres qui t’empêchent d’aller au Bon Marché sans culpabiliser, les étrangers qu’étaient mieux avant) ; il peut ne jamais guérir tout à fait de sa connerie.
Il beugle, claque les portes, fout du gothique à fond (le tango, c’était pour déconner) – il fait toujours du bruit – ou fugue, idiote que tu es, tu le cherches partout, faut croire que t’aimes pas être peinarde.
Bref, c’est un révolutionnaire.
IL TE FAIT CHIER.

La mienne, elle a pris la deuxième option, ni vue ni connue j’t’embrouille – Flamby Power, forcément elle est plus maligne à force de s’empiffrer de Nutella qui contient plein de bonnes choses pour la santé, du lait et du magnésium, des noisettes et du… du truc.
Sa phrase fétiche, c’est « Oui, maman❤. ». Voyez tous qu’elle n’est pas contrariante.
Elle te demande même des conseils pour tromper l’ennemie ainsi flattée : « Mamouna chérie, tu peux m’aider pour la méthodologie de la dissert’ ? ». Tu t’apercevras qu’elle n’en fait ensuite qu’à sa tête : pour elle une première partie commence toujours par « En effet » (c’est pas comme si tu lui avais dit 100 fois d’amorcer sa première partie en annonçant le contenu de ladite partie et que justement on ne fait pas de lien direct avec l’introduction par « En effet », « Effectivement », « Par conséquent »… ).
« Fräulein, tu ramènes tes affaires dans ta chambre steuplé.
– Oui, maman❤.
– Fräulein, t’as pris rendez-vous au CIO ?
– Je vais le faire, maman❤. (variante) »
Toutes ces demandes n’obtiendront JAMAIS l’acte attendu. Même lorsque l’escargot sur ton pot de géranium se sera fossilisé.
Mais elle est gentille, polie et douce (le fait qu’elle rote à table ne compte pas). T’es déjà contente qu’elle te demande la permission pour tout (parce qu’elle sait qu’en te demandant tu vas accepter) et qu’elle ait pas cédé à la mode des écarteurs d’oreille (parce qu’elle sait qu’elle ira en Irlande chez les bonnes soeurs).
Alors tu lui envoies pas ses fringues (et ton pantalon de grossesse, Légio s’est encore gouré en triant le linge) dans la gueule. Au final, tu les lui apportes dans sa chambre en aboyant et après tu vas te servir un petit susucre (faut te redonner un petit coup d’énergie pour appeler le CIO).
Bref, c’est une vraie socialiste, tout le monde vote pour elle tout en sachant qu’elle ne tiendra pas ses promesses – et qui qui c’est qui paie ? – ben c’est bibi.
ELLE TE FAIT CHIER.

Toutefois, quelque soit le stratagème utilisé par l’ado, ils ont un point commun, les ados, à savoir ils ont besoin d’attention et ont des phases régressives (quand t’aurais besoin qu’ils aient 35 ans de maturité, style quand t’es enceinte de sept mois).
Ils te prennent pour Doctissimo et t’envoient un SMS nébuleux « J’ai mal depuis le cours de SVT à mon ongle rongé, est-ce que je suis allergique aux sciences-nat’ ? » (« g mal a mon ongle depuis l svt, c 1 alergi ? lol ») ou ils déclarent soudainement un cancer du furoncle.  A force t’as soudoyé ton docteur pour qu’il te cède son Vidal. Ils ont mal au dos quand tu t’es pété le poignet et ils sont particulièrement fatigués quand t’as accouché (le fait qu’ils se pieutent à minuit ne compte pas).
ILS TE FONT CHIER.
COMME CA T’ES PAS TROP TRISTE QUAND ILS PARTENT DE LA MAISON A 18 ANS…

Billet écrit en partenariat avec Aldo Nounouri et Marcel Muflo

 

Une nouvelle femme

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Hier en me regardant dans la glace de la salle de bains, j’ai constaté que j’avais, horreur, des plis dans le dos.
J’étais devenue une nouvelle femme ; une nouvelle femme dont le corps chaque matin bouge comme des sables mouvants. Ca mincit par ici et du coup les graisses ressortent par là. Ca mincit et du coup ça paraît encore plus ramolli. Ca mincit et c’est pas spécialement gracieux. Chaque matin, je suis une nouvelle femme.
Mais je m’en fous (la mytho). Après chaque naissance, je suis toujours bien dans ma peau comme le Petit Poilu est bien dans ses couilles. J’aime que mon corps soit utile à autrui ; je lui donne toujours un sens en donnant la vie.

Je suis une nouvelle femme aussi parce que la grossesse est bel et bien derrière moi. Je peux regarder ce qui ne se passera jamais et qui aurait été très douloureux pour moi, par exemple une IVG et contempler ce que j’ai accompli, genre quatre têtards.
J’ai mis un point final à tout ça.
Je n’ai plus de trompes (la chirurgienne au vu de l’état de mon utérus a préféré carrément l’ablation à la ligature) et je n’ai plus aucun risque d’être enceinte. Je suis heureuse d’avoir mûri cette décision pendant huit mois et également que la nature ait été en accord avec mon choix. Je n’ai absolument rien à regretter.
Mine de rien tirer un trait sur sa maternité change une femme. Et donc… je suis une nouvelle femme (c’est bon, vous suivez) ! Avec les avantages de la ménopause, sans ses inconvénients (et à moi sexe et bites de poney !).

Je suis une nouvelle femme. 2,6 kilos de chair fraîche, là, tout minus, m’ont assommée avec leurs petits yeux en amande et leur gros pif (que c’est le mien, bordel). Avoir une gamine qui vous ressemble physiquement comme deux gouttes d’eau, ben ça c’est kekchose… Et ouais.
Pis j’ai toujours pas pigé comment elle a fait mais elle a changé mon rapport au monde. C’est comme si j’avais mué, enlevé la peau qui m’encombrait (et n’avait pas de plis dans le dos pourtant…). Comme si j’avais bazardé les enclumes.
Pour combien de temps ? Nul ne le sait mais je ne crois pas redevenir un jour complètement celle d’autrefois (que c’est quand même un peu con cette phrase…).

Le Petit Poilu est un gros dégueulasse

grosdegueulasse

ECHANTILLON

Mardi, en fin d’après-midi, les toilettes sont encore prises. Bientôt, il faudra un ticket comme à la sécu ou une minuterie comme dans les chiottes publiques (je suis experte en chiottes publiques de CampagneCity à FunkyTown).
De ce fait, mon Légionnaire installe le Petit Poilu sur le pot.
Sitôt le slibard baissé, le butor qui doit abandonner, forcé par son daron, son goûter « Ben quoi, c’est bon la dégustation de gâteau sur le pot ! » (il bouffe pas que des feuilles de lasagnes précuites), se touche automatiquement le zguègue. Eurk. Et sent, content. Re-eurk.

Il nous déclare plutôt impressionné et fier :

« Eh, z’ai les doigts qui sentent le pipi-Savane ! »

Eurk-eurk-eurk (et lol).

Plus tard dans la soirée, le Petit Poilu essaie d’avoir la parole à table. Même combat que pour les chiottes. Et toujours pas de ticket comme à la sécu (quant à l’interrupteur des chiottes publiques, je n’en vois pas l’utilité ici)…
C’est dur la vie de Petit Poilu. Toujours passer après les autres. Faire conneries sur conneries pour attirer l’attention…

Heureusement, maman veille au grain. Faudrait pas spolier le petit cochon non plus !

Mle Commandante (qui se bat comme toujours avec le Grognard pour monopoliser la conversation mais c’est toujours le Grognard qui gagne – haut la main) :
Eh, ben tu sais pas Grognard ce que j’ai mangé à la cantine ?

Le Grognard (qu’en a rien à foutre) :
Eh, j’ai une blague ! Vous sav…

Mle Commandante (qui a plus de voix) :
WOH, JE PARLE !!! Je disais donc : ben moi à la cantine j’ai mangé un hamburger et…

Le Grognard (qui se fout de sa gueule) :
Et de la choucroute ???

Mle Commandante (qui monte sur sa grande licorne) :
WOH, T’ARRETE GROGNARD !!! Maaaaaman, dis-lui, quoi, il m’écoute jamais quand je parle !

LMJ (lasse. Et vachement convaincue…) :
Grognard, écoute ta soeur…

Le Petit Poilu (qui tente une percée) :
Ben moi à la canti…

Mle Commandante :
WOH, C’EST MOI QUI PAAAARLEU !!!!

LMJ (énervée. Très énervée) :
Ouais ben tu finis et ensuite c’est le Petit Poilu. Il ne peut jamais en placer une, lui.

Et le match est reparti de plus bel entre Mle Commandante et le Grognard… Mon Légionnaire cuisine (dans sa cuisine). Je me dis que je devrais cuisiner plus souvent. N’ai-je pas désormais un Kitchenaid flambant neuf hautement décoratif (et en état de marche) ?
J’arbitre, fatiguée au lieu de leur lancer un bon « VOS GUEULES LES MOUETTES !!! ».
Je m’interpose. J’impose enfin le Petit Poilu.

LMJ (adoucie. Trop adoucie) :
Vas-y Petit Poilu, c’est à toi, mon chéri. Dis-nous ce que tu as mangé à la cantine…

Le Petit Poilu :
Et ben moi, à la cantine, z’ai manzé des crottes de nez !!!

Ca valait bien la peine que je prenne sa défense, à ce gros dégueulasse…

C’était ma meilleure amie

C’était ma meilleure amie.
Je n’ai pas bien compris pourquoi elle a coupé les ponts, en disparaissant sans prévenir, il y a quinze ans. Il faut dire, elle était si mal à cette époque…
J’ai encore rêvé d’elle cette nuit alors j’ai tapé désespérément, une fois de plus, son nom dans la barre de recherche de Google. J’ai tapé son nom de jeune fille et j’ai tapé son nom de femme mariée si usité. J’ai repensé à son mariage et au mien puisque nous avions été, témoin l’une de l’autre. Il n’y a eu aucun résultat avec son nom de jeune fille et, comme à l’accoutumée, j’ai fait défiler des dizaines de pages à partir de son nom d’épouse.
Puis j’ai cliqué sur « Images », comme ça, pour terminer mon petit rituel. Sa photo est soudain apparue à gauche de la troisième rangée horizontale. C’était bien elle, les lunettes et les rides en plus, la coiffure naturellement improbable mais avec une couleur de cheveux qui semblait être étonnamment la sienne.
Moi la petite blonde aux yeux azur, elle, la grande brune aux yeux pers. C’était bien elle. Elle. C’était ma meilleure amie.
Chantait-elle encore les chansons écrites ensemble ? Se souvenait-elle des boules magiques que nous sucions en nous montrant, rieuses, la couleur changeante de notre langue et en séchant les cours au lycée détesté dans lequel nous étions seules au monde ?
C’était ma meilleure amie, ma soeur choisie. On s’était tout dit, tout avoué. C’était ma meilleure amie, là, dans la photo de cette petite case sur laquelle je n’avais plus qu’à appuyer l’index pour avoir enfin un lien, une info, une bride de sa vie.
Ma meilleure amie…

J’ai à peine hésité. Je suis arrivée sur LinkedIn, un monde qui m’était totalement inconnu. Moi et les réseaux sociaux… J’ai lu sa page, bien proprette, bien professionnelle ; ça lui ressemblait. Elle avait fait plein de trucs différents ; ça lui ressemblait. Elle avait bifurqué vers la formation et l’enseignement ; ça lui ressemblait.
J’avais une image, des postes, des noms d’entreprises et des dates.
J’essayais de reconstituer son chemin, un chemin de quinze ans, sans émotions, sans vie personnelle, sans moi.

Dans un élan de joie, j’ai créé un compte moi aussi, avec l’essentiel, mon prénom-surnom, mon nom de jeune fille, et un emploi pour faire basique, j’ai soufflé un grand coup et je l’ai invitée à rejoindre mon réseau, LMJ, ma meilleure amie, avec ces quelques mots qui m’ont arraché des sanglots.

« Je n’y croyais plus…… Tu me manques… »

***

C’était ma meilleure amie.
Son fantôme me hante souvent dans mes songes… On peut brûler des chansons couchées sur du papier, rayer temporairement des souvenirs mais on ne tue pas le passé. De toutes les façons, je n’ai rien pu brûler, j’ai tout mis dans une chemise, crayonnée en cours de maths, au fond d’une grande boîte en carton.
On ne s’est pas vues maintenant depuis plus longtemps qu’on ne s’est fréquentées.
J’ai décidé de quitter ma meilleure amie il y a quinze ans, je n’ai pas vu d’autre alternative que la fuite à ce moment-là.
Pourtant, personne n’est venue la remplacer. Je n’ai plus jamais utilisé l’expression « meilleure amie » pour désigner un proche ; je n’ai plus parlé d’elle à quiconque ; je n’ai pas trouvé ni cherché d’autre marraine à ma fille, elle n’a pas été baptisée comme prévu des années avant même sa naissance.
J’ai tout verrouillé, si ce n’est mon sommeil.

Je vais pouvoir dormir.

Je consultai mes mails hier soir. Le fauteuil dans lequel j’étais confortablement assise s’est projeté violemment contre le mur, j’ai senti mes jambes flageoler, j’ai rougi, j’ai tremblé, j’ai pleuré.
Cécile.
Cécile Polte.
Cécile.
J’étais sidérée. Tourneboulée. Fracassée.
Je ne savais pas pourquoi je pleurais. Je ne savais pas si j’étais triste ou heureuse. Si j’étais soulagée ou effrayée.

« Je n’y croyais plus…… Tu me manques… »

Quel courage elle avait eu de reprendre ainsi contact…

Le matin-même j’avais écrit un billet sur « Ceux qui nous aiment » avec une petite pointe acide dans la poitrine, j’avais discuté sérieusement en suivant, avec Mentalo, sur l’amitié, sans jamais rien lui confier de celle qui n’était plus ma meilleure amie mais n’avait pas laissé de place vacante. Celle dont la perte volontaire avait certainement beaucoup conditionné la femme que je  suis aujourd’hui, davantage frileuse dans ses rapports humains, sur ses gardes, avec un gros cadenas autour du coeur.
Il faut croire que j’étais presque prête. Presque…

Quel courage…

Moi, je restai terrorisée et pensai que j’aurais vraiment dû changer cette photo de profil vieille et moche sur LinkedIn.

Ceux qui nous aiment

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Comme une petite fille gâtée, j’oublie ceux qui nous aiment ; ceux qui nous aiment et devraient nous aimer encore plus car leur amitié ou leur tendresse, simple et sincère, est trop commune pour éclater de mille feux tous les jours ; ceux que je n’imagine même pas nous aimer ; ceux dont l’amour m’étouffe, n’ayant pas su grandir correctement.

J’oublie ceux qui nous aiment et j’oublie mon ingratitude à leur égard.
J’oublie que j’ai oublié de taire mes certitudes, mes souvenirs désagréables, de me taire avec bienveillance. La parole est d’argent mais plus souvent le silence est d’or.
J’oublie que j’ai oublié ce qui les toucherait, un coup de fil pour prendre des nouvelles, un message pour partager, une jolie carte choisie avec soin pour une fête ou un anniversaire. J’oublie égoïstement que les autres sont comme moi.
J’oublie que j’ai oublié comment bien recevoir, avec humilité, sans obligation, avec envie de faire plaisir à mon tour. J’ai oublié ce bonheur d’être attentionnée.

Les vieux amis, les collègues, les connaissances, les lecteurs, la famille éloignée, la famille proche, jusqu’à nos propres enfants, ceux qui nous apprécient, ceux qui nous aiment, un peu, beaucoup, énormément ; ceux-là qui sont là, une fois, parfois, souvent, toujours ; ceux qui méritent que je remarque leur gentillesse, leur clin d’oeil, leur coup de pouce et pourquoi pas leur coup de gueule salvateur, leur présence, leur sourire, leur aide ; tous ceux-là, j’espère avoir enfin assez de clairvoyance, de confiance en moi, de modestie pour les reconnaître, ceux qui nous aiment.

A ma dernière qui m’ouvre le coeur et les yeux, à eux, à mon amie, et à vous aussi

 

Les 3 FBI du week-end de Mister et Moule de conne

  • Faire le choix de la conduite accompagnée
    Ado au volant, pète au devant…
    (dès la première sortie avec son père…) (sinon c’est vachement plus sûr la conduite accompagnée, ils l’ont dit sur l’Internet)
  • Croire en « Ca pourra pas être pire » (que le Grognard ou le Petit Poilu)
    Ca peut TOUJOURS être pire. Lancer le concept de « 3ème journée », « Mes nuits sont pareilles que mes jours », « Un jour sans fin » (et sans marmotte).
  • Imaginer à tort son troisième en tortionnaire à bébé
    « Maman, ses zoreilles, c’est pour dire un secret… »
    S’approche d’elle et lui murmure : « Z.I. Zane, z’t’aime. »
    (après, il lui a quand même pincé le nez)

J’aimerais revoir mémé

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Pousser la porte aux carreaux semblables à des vitraux de cathédrale. Il me suffisait de regarder au travers pour observer la vie dehors, jaune, bleue, verte ou rouge. La même vie, joyeuse comme un soleil, la vie calme d’un froid hivernal, la vie souriante comme un pique-nique dans un pré au printemps ou encore la vie sous le signe de la passion.
La vie, on la choisissait suivant un angle de vitre…

On allait chez mémé environ un dimanche par mois.
On s’éloignait vers la banlieue rurale, vallonnée, au fin fond de la Seine et Marne, où quand mon père dépassait enfin le soixante-dix, on sentait les roues se décoller de la route et notre coeur se soulever. On riait, mes frères et moi. Et on demandait à mon père de recommencer « S’il te plaît papa, va plus vite !!! ». Après avoir râlé pour la forme, mon père poussait alors la Simca, à quatre-vingt, quelques secondes pour nous faire plaisir.
Lorsqu’il faisait très chaud, on pouvait voir de grandes flaques sur le bitume. J’avais beau savoir qu’il s’agissait d’une illusion d’optique, j’étais toujours impressionnée par ces étendues d’eau tandis que je cuisais derrière le pare-brise.
J’apprenais la délicatesse avec RTL. Grâce à Philippe Bouvard, Madame Belpère de Loches n’avait plus de secret pour moi. On ne captait pas encore la FM…
J’aimais rêver avec le paysage, les mers de blé, les villages pittoresques oubliés des foules à seulement soixante kilomètres de Paris.
Je n’avais pas l’habitude de prendre la voiture et le trajet me semblait long, particulièrement à l’aller. Aussi, je m’occupais en divaguant et en oubliant par moments la radio…

Mémé nous attendait avec ses biscuits trop secs, ou ses crottes en chocolat premier prix à l’approche de Noël ou de Pâques, son éternel sirop au cassis Franprix, sa blouse et son fichu si l’air était frais.
On écartait les rideaux en plastique et on pénétrait dans une minuscule cuisine insalubre au poêle à l’odeur caractéristique. Les chaises étaient raides, il traînait quelques France Dimanche dans un coin, prêts à être consumés, dont ma grand-mère avait lu avec intérêt, et en les croyant dur comme fer, tous les potins de stars et annonces de médiums. Mémé parlait avec l’accent du terroir en roulant les « R » et en traînant sa voix sur les « A » ; je sirotais la boisson au goût métallique.
L’envie se faisait soudain pressante et je devais dévaler un escalier extérieur pentu aux marches délabrées pour rejoindre, avant la catastrophe, la cabane puante en arrivant à gauche dans le jardin potager où mémé nous donnerait, contente, un peu plus tard dans l’après-midi, des salades amères, un thym odorant jusqu’à l’écoeurement, des carottes biscornues et un potiron  avec lequel mon père préparerait de délicieuses soupes sucrées à volonté.
Je n’ai jamais déjeuné ou dîné chez mémé et je n’ai jamais eu le droit de m’aventurer dans sa maison au-delà de la cuisine mais je découvrais, dans la grange, à chacune de mes visites, les trésors de l’enfance paternelle, des BD poussiéreuses et extraordinaires des années cinquante, de vieux jouets en bois recouverts de toile d’araignées, un bric à brac dont nous rapportions toujours une ou deux babioles. Mémé ne jetait pas, même pas les bouts de scotch des paquets d’emballage qu’elle collait, en attendant une future réutilisation, sur le plafonnier bas de sa cuisine. Mémé était une pince mais elle sortait chaque fois une piécette du tiroir car on  avait bien travaillé à l’école. Elle était d’une grande gentillesse avec ma mère qu’elle aimait beaucoup et appelait par un surnom affectueux. Sans doute car Mémé désirait avoir une fille et avait attendu, après son fils aîné, quinze ans, une lune favorable et que sais-je encore, pour concevoir mon père qui fut affublé de robes et noeuds dans les cheveux durant quelques années. Je fus la première donzelle de la famille et elle m’adora.
Pour moi mémé était d’un autre monde. Plus les années passaient, moins j’aimais me rendre chez elle.

Mémé… Si j’avais su…

Mémé, elle était bien plus moderne que je ne le pensais. Elle conduisait au début du vingtième siècle, elle avait fait le choix de divorcer en pleine campagne, d’assumer seule ses garçons et son exploitation agricole après son veuvage. Elle était forte et émancipée.
Hélas la jeunesse se fout souvent de savoir comment a été la jeunesse précédente. Elle a même peine à se représenter qu’une vieille tassée dans sa blouse de marché et ses chaussettes en nylon ait pu un jour être réellement jeune et belle.
J’aimerais revoir mémé une dernière fois, lui dire « Bonjour mémé ! » d’un ton légèrement moqueur, regarder à travers les carreaux de l’entrée, pousser les rideaux en plastique, m’assoir sur une chaise raide et lui présenter avec fierté mes quatre enfants, devant un verre de cassis bon marché.